La chanteuse Aïcha Koné a signé son retour dans la production discographique avec un double album de 30 titres intitulé ‘’Merci’’. « Elle l’a baptisé ainsi pour dire merci à tous ceux qui ont commencé avec elle, l’ont guidée, épaulée. A tous ceux qui l’ont vue grandir, trébucher, se relever, se former, murir et atteindre les sommets au point d’avoir à son palmarès plus de 47 prix couronnés par deux disques d’or avec les albums ‘’Aminata’’ et ‘’Adouma’’ », conclut la brève note d’information distribuée aux journalistes au cours de la présentation du 26è disque de la diva de la musique ivoirienne le 15 novembre dernier à Azalaï Hôtel d’Abidjan-Marcory. Aïcha a fait toutes les grandes scènes d’Afrique, sorti des tubes intemporels, collaboré avec les plus grands artistes du continent, rencontrés les grands dirigeants africains…

Dans ‘’Merci’’, son coffret de 30 chansons, elle chante Dieu, la vie, l’amour, la peine, le pardon… Sa belle voix, ondoyante, surfe sur des rythmes variés et offre à chaque mélomane de trouver sa part de remerciement. Pour arriver à un tel résultat, la chanteuse a travaillé avec Athanase Koudou (de la 2è génération des arrangeurs ivoiriens) et le jeune Patché (de la mouvance actuelle). De ‘’Dénikéleni’’ en 1979 à ‘’Merci’’ en 2019, Aïcha Koné a tout connu et tout vécu. Tour à tour choriste à l’orchestre de la radiodiffusion télévision ivoirienne (ORTI, alors dirigé par Manu Dibango puis par Boncana Maïga), chanteuse principale, tête d’affiche de la musique ivoirienne, diva, Mama Africa… Découvrons Aïcha Koné racontée par Aïcha :

Des débuts difficiles

« Je ne suis pas de cette lignée qu’on appelle les griots qui sont autorisés à faire de la musique chez nous. Et donc, ma mère ne voulait pas me voir faire de la musique. Dès que j’évoquais le sujet, c’était la chicotte. Je me suis cachée pour participer à un concours à l’institut national des arts (INA, aujourd’hui INSAAC). Mais j’ai fait croire à ma mère que c’était pour aller à l’école de théâtre. Pendant les récréations, je rencontrais M. Boncana Maïga jusqu’à ce qu’un jour, ça s’est réalisé comme ça avec Georges Benson qui m’a aidée. Il était à la télé. C’est comme ça que c’est parti. C’est long, je ne pourrais pas tout expliquer. » (Rire dans la salle).

Le soutien d’Houphouët-Boigny

« Au fur et à mesure qu’on sort, on découvre différents pays et différents peuples. Ce qui n’est pas mal. Mais il faut dire quand même que ça a commencé par le président Houphouët qui m’aimait beaucoup. Il était l’ami de mon père. Ils étaient tous médecins. Le président Houphouët s’intéressait beaucoup à ce que je faisais. A l’époque, j’avais fait un spectacle avec ma sœur Reine Pélagie. L’article qui est paru après dans la presse m’avait cognée en ces termes ‘’Pélagie était la meilleure’’, ‘’Aïcha, ce n’est pas ça’’… Je n’étais pas à la présidence. Mais ça a fait mal au président. Qui a demandé « Qui dit que ma fille ne chante pas bien ? » m’ont rapporté ceux qui étaient avec lui. « On va organiser un spectacle pour elle et elle va prouver à la Côte d’Ivoire que nous, on n’a pas menti », a proposé le président Houphouët. C’est comme ça que mes 10 ans ont été créés. Tout le monde a vu ce que le président a fait. Cela m’a marquée de la part d’un père. Et ça a été l’ouverture avec les chefs d’Etats, les grands artistes, les grands couturiers comme Pathé’O, Alphadi qui m’a permis de rencontrer et de serrer au moins trois fois la main du président Kadhafi. J’ai bénéficié de beaucoup de relations qui m’ont porté chance. »

Son premier spectacle hors de la Côte d’Ivoire

« Mon premier spectacle hors de mon pays natal, c’était au Burkina Faso. Je n’avais qu’une seule chanson qu’il fallait compléter avec le titre ‘’Kilimandjaro’’ de Myriam Makeba. Pendant le spectacle qui a duré toute une nuit, j’ai joué au moins 15 fois ‘’Mousso Gnalé’’ et 15 fois ‘’Kilimandjaro’’. Le public m’a acceptée. C’est comme ça que ça a démarré. Le déclic vient du Burkina qui a été ma première sortie. J’étais accompagnée des gens comme l’ancien animateur et directeur de radio Pol Dokui. Il y a plein de choses difficiles à oublier mais qui m’ont marquée. »

Ses rapports actuels avec Reine Pélagie

« Quand on avait écrit que je n’avais pas fait une belle prestation face à Reine Pélagie, ça m’avait cassé le moral. Je me rappelle que le lendemain, Roger Fulgence Kassy (Paix à son âme) est venu à la maison où j’étais tout en pleurs. Ful m’a dit : « Aïcha, il ne faut pas te laisser abattre. Tu es une artiste qui peut réussir.» M. Georges Taï Benson lui-même s’est déplacé jusqu’à chez moi car je suis leur petite soeur et m’a demandé : « qui t’a dit ça ? Qui t’a dit que tu ne chantes pas bien ? » Puis M. Ben Soumahoro, alors Directeur général de la télévision appelle et me dit : « Aicha, le président Houphouët dit qu’il organise un gala pour toi à l’Ivoire pour que toute la Côte d’Ivoire te voie et te juge par ce que tu as du talent et il a confiance. C’est comme ça que mes 10 ans de musique ont été retransmis à la télévision. C’est une grâce que je porte depuis l’enfance. Et je le dois au pays, à la nation… Je dois à mon pays. C’est pour cela que pour l’album de mes 45 ans de carrière, je dis Merci pour témoigner ma reconnaissance au Seigneur, à mon pays et à l’Afrique. Vous avez dû voir sur les réseaux sociaux ‘’Les voix d’Afrique chantent le sage d’Afrique’’. Ce sont les discours du président Houphouët que nous avons repris sous la direction d’Athanase Koudou. Il y a Reine Pélagie, Chantal Taïba, Nayanka Bell, Allah Thérèse… C’est vraiment toutes les voix féminines ivoiriennes et la Camerounaise Queen Etémé qui ont souhaité participer à l’album. J’ai gardé de très bons rapports avec mes amies dont Reine Pélagie. »

Sa doléance pour le concert de ses 45 ans de carrière

« Je voudrais fêter mes 45 ans de carrière en mars prochain. Je voudrais que vous soyez mes porte-paroles auprès de nos gouvernants. Même si on doit m’honorer, il faudrait que certains artistes de mon époque soient là. Il y a par exemple Tshala Muana, Manu Dibango, Boncana Maïga, Mory Kanté… Il faut vraiment que le pays m’aide pour que ce soit vraiment une fête internationale. Moi qui parle de paix et de réconciliation, je souhaiterais voir tous les fils et filles du pays se retrouver. Il faut transmettre ma doléance au président Alassane Ouattara. Moi, je suis une Koné et lui est un Ouattara, c’est mon ‘’esclave’’. J’ai plein d’artistes à inviter et je n’ai pas les moyens. Mais je veux que tous soient là pour honorer la Côte d’Ivoire, la culture africaine. Et comme ça se passe à son temps, la balle est dans son camp. »

Sa reconnaissance à Mme Dominique Ouattara

« Avant son époux, mon courrier sera déjà adressé à Mme Dominique Ouattara qui m’a fait revenir au pays après la crise. Elle m’a appelée et m’a dit ceci : « Aïcha, tu fais quoi en Guinée. J’organise Children of Africa et je te veux. » C’est une dame qui m’a toujours aimée, admirée. Ce sont des choses qui ne s’oublient pas. Elle m’a montré qu’elle est une dame de cœur. Elle s’est mise au-dessus de toutes considérations. Quand je revenais au pays grâce à Mme Ouattara, ma sœur était à l’hôpital, très malade. Après le spectacle, je suis allée à son chevet. Après j’ai pris l’avion pour la Guinée-Bissau. Quand j’ai rappelé le lendemain pour prendre les nouvelles de la patiente, on m’a dit qu’elle venait de rendre l’âme. Si Mme Dominique Ouattara ne m’avait pas fait rentrer, je n’allais pas voir ma sœur avant qu’elle ne meure. C’est quelque chose dont Mme Ouattara ne mesure peut-être pas la portée, mais c’est beaucoup pour moi. Quand je parle de paix, je le dis avec beaucoup de sincérité. Tous les présidents qui sont passés à la tête de la Côte d’Ivoire, m’ont apporté leur soutien. Quand j’étais aux Etats-Unis et que j’avais des problèmes de finances, M. Bédié m’a fait venir de New York à Washington DC pour donner ce qu’il me fallait. Et je suis repartie au studio. La Côte d’Ivoire doit redevenir comme par le passé. Aimons-nous vivants et cultivons le pardon. »

O. A. Kader

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