C’est l’histoire de ces Africains qui ont dû quitter leur pays, fuyant la guerre, pour trouver en Europe un lieu d’accueil. Alors que les affrontements sanglants se multipliaient entre les musulmans du nord et les chrétiens du sud du Soudan, les parents de la petite Alek (14 ans) s’enfuient avec elle. Ils parviennent en Grande-Bretagne. C’était en 1991. Ils arrivent à Londres. Là, à partir de 1995, l’adolescente suit des études à la London College of Fashion. Un jour, alors qu’elle est dans un marché en plein air, elle est repérée par un agent de mannequins qui l’aborde et lui demande : « Avez-vous déjà pensé à faire du mannequinat ?» C’est la rencontre qui va changer sa vie. Quelques mois plus tard, Alek tourne dans le clip de la chanson de Tina Turner, ‘’Golden Eye’’. Un an après, en 1996, elle signe dans l’agence Ford Models. Ensuite, elle s’installe à New-York.

Ses premières apparitions dans des défilés de mode provoquent des réactions diverses à travers la planète. Le public et le monde de la mode occidentale sursautent devant cette jeune fille Noire qui leur apparaît comme une curiosité, un mannequin exotique, ‘’sauvage’’. Quant au public africain (ou d’origine africaine), il est heureux et ému de voir une fille noire du continent noir au milieu des filles blanches. Cette présence va changer beaucoup de choses dans la vie et la carrière d’Alek Wek ainsi que dans celles d’autres stars et futures stars d’origines africaines. Comme l’actrice d’origine kenyane Lupita Nyong’o que la présence d’Alek sur les podiums a décomplexée. « Elle était aussi noire que la nuit, et elle était sur tous les défilés, dans tous les magazines. Et le monde entier adulait sa beauté. Mes complexes avaient toujours été pour moi un obstacle, et les voilà qui s’envolaient soudainement. Quand je voyais Alek, une femme qui me ressemblait tant, je voyais un reflet de moi-même. Je me sentais légère, j’avais l’impression d’être visible, un peu plus appréciée par les gardiens lointains de la beauté.»

Cela dit, les choses n’ont pas été faciles pour Alek Wek. Certes, cette femme a réussi sa carrière de mannequin, mais elle a dû se battre pour y arriver. Car elle a souffert de l’attitude et du regard tendancieux des Blancs dans le milieu de la mode. « Les photographes voulaient que je pose sur des canapés à léopard ou avec des lances. J’ai été confrontée à une sorte de racisme institutionnel au sein de l’industrie de la mode. Je voulais travailler avec Karl Lagerfeld, mais les Parisiens ont affirmé que j’étais trop « exotique’’ », révèle-t-elle. Toutes choses qui vont la pousser un jour à réagir en posant un acte historique. C’était en 1998, lors du défilé Betsey Johnson à la Fashion Week de New-York. À cette occasion, on lui demande de cacher ses cheveux courts et crépus avec une perruque blonde. Sans doute une manière pour la marque de la mettre en conformité avec l’image de la féminité qu’elle voulait faire ressortir. Mais, en plein milieu du défilé, Alek enlève la perruque et la jette. « Enlever cette perruque n’était pas juste pour moi l’occasion de faire une scène. Je l’ai fait à un moment où je commençais tout juste à travailler dans la mode. Et la seule chose que j’ai dite à mes agents, est que s’ils voulaient me représenter, je ne serais pas un simple gadget à utiliser pour seulement quelques saisons. Ils prendraient tout ce que je suis ou rien », dira-t-elle.

La carrière d’Alek l’a conduite au cinéma où elle a joué dans plusieurs films dont ‘’Valentino : The last emperor’’, ‘’Frères du désert’’, et le dernier, ‘’Suspiria’’ de Luca Guandagnino.

Aujourd’hui, Alek est ambassadrice pour Médecins sans frontières au Soudan et soutient l’UNICEF.

R. Jordan

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