Bravant le froid québécois, Fatoumata Diawara est montée sur la scène du National le dimanche 23 février 2020 pour réchauffer une ville en plein blues hivernal. Venue au festival Nuits d’Afrique à l’année, avec sa musique éveillée et positive, ce blues made in Wassoulou, son chaleureux mélange de Jazz et de pop, elle a donné une remarquable prestation.

La soirée débute dès 20h30 avec Djéli Mori Tounkara et Sadio Cissokho, deux talentueux joueurs de kora de la scène montréalaise. Ensemble, ils captivent tout de suite l’attention du public et mettent dans la salle du frison et de l’extase que seul un duo d’instrument comme la kora peut procurer. Ce son unique donnait le ton. Et, juste après 21h00, Fatoumata Diawara faisait son entrée sur la scène avec sa guitare. Tout en couleur et en pagne aux motifs africains.

Les premières notes de ‘’Don Do’’ enchantent aussitôt le public. Cette première chanson, tout en retenue, fait découvrir une artiste féministe activiste à la voix aussi sensuelle qu’engagée. La nouvelle diva malienne enchaine rapidement les titres des deux albums qui lui ont permis de s’imposer comme l’une des voix les plus pertinentes et les plus vibrantes de la musique malienne. De ‘’Kokoro’’ à ‘’Anissou’’ en passant par ‘’Timbuktu’’, ‘’ Kanou Dan Yen’’, ‘’Bonya’’ ou encore ‘’Ntérini’’, Fatoumata fait chanter la foule avec elle. Entre deux chansons, elle marque une pause pour rendre hommage à son pays natal, le Mali, qui traverse une crise sécuritaire. Avant de demander «la paix et l’amour pour tous les enfants du monde entier».

En parfaite maitrise de son instrument de prédilection, Fatoumata entraine le public dans un solo de guitare époustouflant. Qui suscite des cris et des sifflets d’admiration dans une salle du National de plus en plus chaude. L’occasion pour elle d’inviter le public : « Levez-vous ! Je veux voir tout le monde danser avec moi !» dit-elle. Aussitôt, une vingtaine de fans s’invitent sur le podium pour une belle fête de musique et un battle de danse charmant et entrainant. Un détail qui manque à ses performances pour faire de la musique de Fatoumata, déjà professionnelle, généreuse et pleine d’énergie, quelque chose de complet, d’abouti : une note, un refrain, quelque qui reste dans la tête après avoir écouté son œuvre. C’est sans doute l’ultime élément qui lui permettra, après une double nomination au Grammy Awards, de décrocher enfin sa première distinction nord-américaine.

 

Dramane K. Denkêss

Correspondant à Montréal

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