Jacqueville, ses belles plages et ses joies des week-ends !… Ces dernières années, c’est la destination privilégiée des Abidjanais. Mais depuis l’invasion du Covid-19 et les mesures pour empêcher la propagation du virus, c’est la tristesse ici.

Comme la plupart des destinations balnéaires au sud de la Côte d’Ivoire (Grand-Bassam, Assinie, Assouindé, Grand-Bereby, San-Pedro…), réputées pour leurs belles plages, celles de Jacqueville également subissent de plein fouet les conséquences liées à la pandémie. Propriétaires et gérants de plages ont dû fermer, suite au décret présidentiel qui vise à endiguer le fléau.

Au Dystingo beach, par exemple, l’une des plus prisées, l’ambiance tonitruante a fait place à un calme plat. Pour quiconque connaît ces lieux d’habitude si grouillants de monde les week-ends, c’est une sensation bien étrange, bizarre ! La piscine est vide, personne n’y entre. D’ailleurs, elle ne contient plus d’eau. Tables et chaises sont entreposées dans un coin. Plus de musique, plus de manifestations, plus de baignades, bref… plus rien ! Bungalows et paillotes sont déserts. L’atmosphère est tristounette. Ici, le temps semble s’être figé.

Frédéric Néba et Yves, tous les deux, maîtres-nageurs et cuisiniers au Dystingo beach, se retrouvent chaque jour sur le lieu de travail, pour tuer le temps. Ils se remémorent l’affluence d’avant corona, les bons moments en compagnie de certains clients qui leur remettaient parfois des pourboires. Avant que, soudain, tout soit chamboulé avec l’arrivée de ce virus.

« Au début, on utilisait des gels désinfectants, pour le lavage de mains des clients. Mais depuis que l’État a interdit les rassemblements de personnes, on a respecté les consignes en fermant la plage. Tous les employés sont à la maison. Ils venaient d’Abidjan pour travailler les week-ends et les jours fériés, puis ils retournaient », explique Frédéric, qui alterne ce boulot avec un poste d’agent à la mairie.

Pour lui, la situation est intenable, c’est difficile de rester à la maison à ne rien faire. « Raison pour laquelle on vient ici. Quand il est 18 h on rentre, à cause du couvre-feu. Vraiment, on souhaite que l’État, sur qui on compte, fasse quelque chose pour nous qui vivons de ces activités. On a des factures à payer, et rien ne marche. On prie Dieu aussi pour que cette pandémie prenne fin. »

Deux serveuses ont décidé carrément de rester sur les lieux. Pour vivre là, parce qu’elles n’ont pas le choix. « Elles ont demandé la permission à la patronne, parce qu’elles ne savent pas où aller. Elles sortent la journée, puis le soir elles reviennent dormir ici », explique Frédéric, visiblement inquiet pour les salaires des prochains mois.

Cette ambiance morose est la même sur les nombreuses autres plages : Océan Beach, Beraka Palm Beach, Coral Blue, Papa John Plage… Tout comme à la Baie des Romances, Piccola Beach, Chigata, etc., près de N’Djem, première localité avant Jacqueville.

À l’autre bout de la ville, plus au nord, se trouve la lagune Ébrié. Des plages, aménagées le long du plan d’eau lagunaire, accueillent des plaisanciers en quête de tranquillité, qui viennent se ‘’délecter’’ des délices d’un moment de détente sous les cocotiers. Située aux confins des cocoteraies (dans le village appelé Niamkey-Bord), la plage L’île du Christ s’étire sur plusieurs mètres dans la lagune. Elle offre une vue imprenable, avec la sensation enivrante de naviguer en pleines eaux.

À la différence des plages situées en bordure de mer, pas de grosses vagues, ni de courant d’eau. L’eau est plutôt calme, douce et transparente. On peut y voir des poissons ou des alevins se promener. Seuls les clapotis des vaguelettes, charriées par le vent, s’entendent de temps à autre quand elles viennent lécher le sable sur la rive. Pour ceux qui ont la phobie de la mer, ces lieux offrent une belle alternative.

Pour la sécurité des nageurs, un espace délimité par un fil indique le périmètre à ne pas franchir. C’est la zone où l’eau n’est pas profonde et l’on peut s’avancer jusqu’à plusieurs mètres dans la lagune, sans aucun danger. Certaines plages mettent aussi à disposition des gilets.

Tous ces endroits de villégiature étaient pris d’assaut, chaque week-end, par des centaines de jeunes venus d’Abidjan en convois, soit en famille, soit entre amis ou en couples… Mais avec l’abus d’alcool et autres stupéfiants, on dénombrait presque chaque fois des morts par noyade, ainsi que des accidents de circulation.

Depuis la fermeture de ces établissements, on note moins de drames sur la route de Jacqueville. Outre L’île du Christ, d’autres plages offrent des commodités au bord de la lagune Ébrié, avec bungalows, chambres d’hôtes, transats, menus exotiques… Mais, ces espaces qui refusaient du monde sont devenus subitement muets et désespérément vides. Aujourd’hui, c’est la peur généralisée. Et personne ne sait ni quand, ni comment tout cela va prendre fin.

F. Yéo

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