Samedi, c’est (presque) à une sorte de guérilla urbaine qu’on a assisté. Dès que Ange Didier Houon est conduit au cimetière municipal de Williamsville, les hostilités commencent. Les Chinois, fans du Daïshi, veulent assister à son enterrement. Mais cette cérémonie d’inhumation est réservée uniquement à la famille du défunt. Les chinois surexcités ne veulent pas l’entendre de cette oreille. Ils menacent en brûlant des pneus. La police ne se laisse pas distraire et fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants. Les jeunes gens insistent pour entrer au cimetière. Mais ils en sont empêchés. Alors, comme l’accès par le grand portail est bloqué par la police, ils donnent l’impression de replier. En fait, ils passent rapidement par le quartier Williamsville et, par une piste à l’opposée, ils entrent dans le cimetière. Soudain, les voilà sur le lieu de l’inhumation.

Après le mot d’adieu dit par la grand-mère de DJ Arafat, le cercueil est placé dans le caveau, une tombe qui, faut-il le souligner, est d’une insolente beauté. Le nombre de jeunes manifestants grossissant de manière impressionnante, les autorités, les hôtes de marques, les amis et la famille se dépêchent de quitter les lieux. Visiblement pour laisser la place aux fans du chanteur afin qu’ils s’inclinent, à leur tour, sur la tombe de leur idole. A priori, tout est calme, au départ. Certains chinois se prêtent aux questions du journaliste de France24 présent sur les lieux. Mais dès que les interviews sont finies et que le journaliste se retire, les jeunes fanatiques commencent à semer le désordre. Ils montent sur le caveau, arrachent les couronnes de fleurs qu’ils se partagent. Ensuite, sur le monument mortuaire, ils scandent le nom de leur champion : « Daïshi ! Daïshi !… » Puis, ils commettent l’impardonnable : sans le moindre scrupule, ils ressortent le magnifique cercueil du Daïshikan. Ils l’ouvrent, exposant ainsi le corps de l’artiste au milieu de cette foire déchainée. Ils prennent même le temps de faire des photos et des vidéos avant que les forces de l’ordre n’arrivent pour les chasser de là. On assiste alors à un affrontement entre ces chinois et la police. Policiers et gendarment sont l’objet de jets de pierres, de bois, de briques et tout ce que ces jeunes gens ramassent. Les bombes lacrymogènes explosent. L’air est irrespirable. Pour ces ‘’combattants’’, mais aussi pour les passants. La scène dure un quart d’heure jusqu’au retour des renforts de police et de gendarmerie.

Pour comprendre l’origine de ce désordre, il faut remonter à la veillée au Stade Félix Houphouët-Boigny. Prévue pour arriver à 4h (au petit matin du 31 août), c’est finalement à 6h que la dépouille de DJ Arafat entre dans le stade. Les Chinois sont déjà impatients de voir le corps de leur idole, leur champion, pour la dernière fois. Leur attente sera vaine, puisqu’ils n’auront pas l’occasion d’y accéder. Mais comment faire défiler 30.000 personnes devant le corps de DJ Arafat en une matinée ? Il aurait fallu au minimum plus de 9 heures d’horloge. Et les organisateurs n’avaient pas prévu de faire l’inhumation en fin d’après-midi.

Après l’oraison funèbre, la décoration à titre posthume de Chevalier de l’ordre national, l’exposition du corps pour le dernier hommage des proches et amis, le cercueil est remis dans le corbillard. Un ultime tour du stade et le cortège funèbre s’ébranle vers la dernière escale du chanteur de couper-décaler. Mais le départ est ralenti. Les nombreux piétons sur la piste d’athlétisme empêchent le cortège d’avancer plus vite. Mais on fait avec. Sur la route qui mène au cimetière, on peut lire sur un grand panneau lumineux cette information : ‘’Inhumation dans l’intimité familiale’’. Les jeunes chinois comprennent qu’il leur sera difficile d’assister à l’enterrement du Daïshi. Pour eux, l’adieu à Yôrôbô était en train de leur échapper. Au niveau de l’échangeur d’Adjamé 220 Logements, ce sont les premières escarmouches. Un premier pneu est brûlé. Une centaine de mètres plus loin, un 2è, puis un 3è pneu est en feu. Un épais nuage de fumée gêne la marche du cortège. Face à la ruée de plus en plus pressante des chinois devant le cortège, les forces de l’ordre font usage (une première fois) de jets de gaz lacrymogènes. Au niveau du carrefour de Williamsville, une seconde bombe lacrymogène est lancée. La foule hostile est écartée et le cortège file à vive allure vers le cimetière. Entre la bretelle qui conduit à la cité des morts et la route d’Abobo par le zoo, la police dresse un cordon de sécurité et filtre les véhicules et les gens qui ont accès au cimetière. Tout ça, pour les Chinois, était le signe qu’on leur cache quelque chose.

O. A. Kader

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