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Fatou Sticker : « Pourquoi j’ai pleuré »

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« A l’heure de la révolution de l’énergie, levier de développement, Nanagoun est un village situé au nord de la Cote d’Ivoire, précisément à 40 kilomètres de la ville de Korhogo. Pas de route, pas d’eau courante, pas de poste de police, pas d’hôpital. Pas d’électricité non plus. 810 habitants cultivent de façon ancestrale, mais rien ne semble avoir bougé depuis des siècles. Le temps parait suspendu… ».

Tel est le résumé du court métrage L’énergie, défi de survie à Nanagoun. C’est un documentaire réalisé par Sita Houéléfohoua Silué plus connue sous le pseudonyme de Fatou Sticker. Le film était programmé dans la sélection officielle au Fespaco 2019.

Après le grand rendez-vous cinématographique de la capitale burkinabè, le film de Fatou Sticker a tourné dans de nombreux festivals avant que la covid-19 ne vienne freiner son exploitation en Europe.

Ce coup dur a ralenti les activités de la réalisatrice. Depuis, elle a donné naissance à un beau petit garçon. Bientôt une année donc qu’elle est recluse chez elle. Fatou souhaite reprendre ses activités dans le 7è art. Et tout commence ce mardi 26 janvier 2021! Ce n’est pas un hasard, car ce jour marque l’anniversaire de la jeune cinéaste.

 

. Joyeux anniversaire Fatou ! Comment vas-Tu ?

– Merci ! Inch’Allah, je me porte bien avec ma petite famille.

. Quel âge fêtes-tu aujourd’hui ?

– L’âge de la raison (rire) !

. Qu’est devenu ton film ‘’ L’énergie, défi de survie à Nanagoun’’ après sa sélection officielle au Fespaco 2019 ?

– Après le Fespaco, tout s’est bien passé. Il y a eu quelque chose d’agréable pour le village dans lequel on a tourné. J’en suis fière. Le village a été électrifié dans le programme gouvernemental d’électrification. Plusieurs villages alentours ont aussi eu droit à l’électricité.

. Quelle a été la tenue du film sur le marché du cinéma ?

– Ce film-là, c’est une bénédiction. Le film s’est bien tenu. Il a participé à des festivals comme la 4ème édition de Toukountchi Festival de cinéma du Niger. Il y a eu Ouaga, après le Fespaco où je m’étais fait représenter par ma maquilleuse. Le film a été sélectionné pour la série de Festival International de Films sur les Droits de l’Homme (FIFIDHO) à Niamey, à Genève en Suisse et à Paris en France. Je m’apprêtais même à aller en Suisse quand le coronavirus est arrivé et tout a été annulé. Ça a été aussi pareil pour la France. En terme de tournées, on était sur une bonne lancée, mais le coronavirus est venu nous stopper.

. Où en es-tu avec l’idée de faire le film en long métrage ?

– C’était cela l’idée principale, après le Fespaco, de prolonger le film avec ou sans électricité pour le village. Tout ce que je voudrais dire n’a pas été évoqué dans le court métrage. Il était donc primordial pour moi de repartir avec le documentaire en long métrage. Dieu merci, il y a eu l’électricité pour la région. Cela m’a permis de travailler dans de meilleures conditions que la première fois. J’ai pu suivre finalement tout le processus d’électrification du village comme l’installation des poteaux électriques, des fils jusqu’à l’éclairage. Malheureusement, on n’a pas pu participer à la fête de la lumière, car on était en pleine crise de la covid-19.

. Finalement, le projet long métrage tient-il en encore ?

– Oui, ça tient toujours, car nous avons toutes les roches. On est actuellement en poste production.

. Quelles sont les nouvelles côté carrière ?

– Ma carrière est quand même un peu bousculée à cause de la covid-19. Toute ma fougue du départ a été ralentie par la pandémie. C’est un peu lent de mon côté, mais je garde espoir car toute chose est l’œuvre de Dieu. Il y a des épreuves en toute chose. Je me dis que ma carrière tient toujours. La covid-19, c’est pour un moment et je suis sûre que ça va passer. De toutes les façons, on sera obligé de surmonter cette maladie. Moi, je la surmonte déjà. Dès qu’on en a eu la possibilité, on a tourné. Mais je me suis gardé de faire du bruit. Je suis quand même à une étape de ma vie où je fais les choses avec de la retenue, de la prudence…

. Qu’est-ce la pandémie t’a causé personnellement comme dommage ?

– Quand j’ai reçu la note sur l’annulation du festival en Suisse où mon film ‘’L’énergie, défi de survie à Nanagoun’’ était sélectionné, j’ai coulé des larmes. Je vous le jure, j’ai pleuré. Quand j’ai vu sur la liste des invités, et que j’allais représenter mon pays à ce festival, je me suis dit que c’était la vraie reconnaissance de mon travail. J’entendais parler de la covid, mais je ne savais pas que ça serait aussi catastrophique. C’est quand la Suisse a annulé son festival que je me suis rendue compte de l’ampleur de la maladie. Puis, la France a suivi en annulant son rendez-vous du FIFIDHO et même le plus grand rendez-vous de cinéma au monde, le fameux festival de Cannes. Après, c’était le couvre-feu en Côte d’Ivoire. Là, c’était vraiment grave. Toutes mes activités professionnelles se sont arrêtées. Ça m’a cassé le moral. J’étais à la maison et je déprimais. Dès qu’on a levé le couvre-feu et l’isolement du grand-Abidjan et qu’on pouvait à nouveau aller travailler, j’ai bossé sur un long métrage produit par une dame. Bientôt le film va sortir. J’ai travaillé aussi avec le réalisateur Hyacinthe Oussou en tant qu’actrice dans son projet d’Akassa. C’est aussi un projet prometteur.

. Il y a eu quand même une bonne nouvelle qui est arrivée dans ta vie : tu as eu un bébé…

– Il faut dire que quand on est revenu du Fespaco 2019, ce n’était que du bonheur. Dieu m’a fait grâce de me donner un joli bébé. C’était l’une des raisons qui m’ont fait rester dans mon coin. Il fallait rester tranquille pendant la grossesse. Après mon accouchement, je suis restée à m’occuper de mon petit ange. Il a 9 mois maintenant. Il me fait du bien et je suis heureuse de l’avoir.

. Quel est le projet avec son père ?

– Tout est sur la bonne voie et inch’Allah, on a va tout finaliser. Pour l’instant, ça va, on heureux dans notre petite famille. Il m’aide beaucoup dans mes différents projets et je lui en suis reconnaissante !

. Quels sont ces projets ?

– Je suis sur plusieurs projets. En tant que réalisatrice, je suis sur deux coups. J’ai commencé un court métrage dont je dois terminer le tournage ces jours-ci. C’est une fiction. La trame est toujours sur la sensibilisation, les problèmes climatiques de ma belle Côte d’Ivoire. J’aime traiter les thèmes sur les soucis de chez nous. Je suis aussi sur un projet avec la maison de production de l’actrice Sita Traoré. Qu’Allah fasse grâce que la covid-19 nous laisse travailler. A cause de la pandémie, les financements privés sont difficiles à avoir. Il faudrait donc que notre ministère pense de temps en temps à nous. C’est une doléance !

O. A. Kader

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