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FIF : Voici pourquoi ils ont lâché Didier Drogba

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Les clubs ivoiriens, dans leur large majorité, ont porté leur choix sur Yacine Idriss Diallo pour être le nouveau président de la fédération ivoirienne de football (FIF). Pour les millions de supporters de Didier Drogba, cet échec a été une énorme surprise, un choc. Pour l’ex capitaine des Eléphants, ça restera une grosse déception, celle d’avoir « été lâché par son pays ».

Didier Drogba pouvait-il gagner les élections de samedi dernier ? Même s’ils étaient des millions de personnes à y croire, c’était pratiquement impossible. Les dés avaient déjà été pipés. Depuis longtemps, depuis le jour où il a déclaré qu’il était candidat, tout a été verrouillé. D’abord par les gens du sérail. Parce que la FIF, c’est leur chasse gardée. Ils ont aussitôt durci les règles du jeu. Et si Drogba a finalement été candidat, c’est par la force des textes de la FIFA et l’intransigeance de la fédération des fédérations.

Pour la plupart des observateurs, les dirigeants ivoiriens et les responsables de clubs auraient dû dérouler le tapis rouge pour celui qui est devenu un héro national. Il est le plus célèbre des Ivoiriens, dont la seule évocation du nom ouvre les portes de tous les palais du monde, les portefeuilles et mobilise des millions de gens pour une cause. Avoir une étoile comme lui, ce n’est pas demain la veille.

Nos pays africains ont accusé un énorme retard en terme d’infrastructures sportives. Du fait du manque de moyens et de rigueur dans la gestion de l’existant, d’une part, et d’autre part, de l’absence de véritables projets et de vision. Mais les responsables de clubs et de fédération semblent se complaire dans cette situation, préférant se gaver à leurs tables fort bien garnies et assister, repus, à l’agonie du foot national.

Cet homme servirait de levier au football ivoirien

Le football est pourtant reconnu comme étant un important facteur de développement. En ce qu’il favorise l’autonomisation de la jeunesse, occupe sainement les jeunes et crée des emplois ; et le spectacle sportif est capable de générer une masse colossale d’argent dont peuvent vivre confortablement les footballeurs. Pour peu que l’argent soit bien géré et qu’il y ait une organisation fiable susceptible d’attirer les bailleurs de fonds. C’est ce qu’ont compris tous ceux qui ont supporté Drogba dans cette élection : l’espoir que la célébrité planétaire, le potentiel de cet homme serviraient de levier au football ivoirien.

Par ailleurs, face à la décadence sociale que nous vivons de nos jours, nos pays ont besoin de donner du dynamisme à tous les domaines représentant des centres d’intérêt de la jeunesse. Et le football constitue le plus grand centre d’intérêt des jeunes. Mais il semble que tout le monde n’ait pas vu les choses sous cet angle. Des calculs égoïstes ont empêché certains de voir plus loin, ou du moins de voir la pourtant énorme opportunité qui s’offrait comme une manne venue du ciel.

Car la Côte d’Ivoire a la grâce d’avoir chez elle un homme que le monde entier lui envie. Et plutôt que de saisir l’occasion en lui ouvrant les portes de la fédération afin que le bouillonnement et la passion qui se cristallisent autour de son nom profitent au football local, tous les décideurs nationaux lui ont tourné le dos.

Il est trop populaire, ça fait peur 

Le malheur de Didier a commencé dès le départ avec le déferlement de la foule qui l’a accompagné lors de son premier dépôt de candidature. A partir de cette démonstration de popularité, il a commencé à faire peur. C’était du jamais vu dans l’histoire du football de ce pays. Pour beaucoup, il est un danger pour leurs intérêts. Dans certains milieux politiques ivoiriens, on a même commencé à imaginer un scénario à la George Weah, au Libéria. Dès lors, le porteur du projet ‘‘Renaissance’’ ne pouvait plus compter que sur lui-même et sur son équipe de campagne.

Il a beau multiplier les contacts, faire du lobbying à tous les niveaux, expliquer que son seul but, c’est amener le football de son pays à un niveau supérieur, rien ne changeait. Au contraire, il continuait à recevoir des coups bas. Il a fini par se rendre compte que les gens ne comprenaient pas ses motivations. Ou plutôt qu’ils refusaient de comprendre le projet de développement du football qu’il propose. « Il y a une adversité, certes, et il en faut. Mais malheureusement, ce n’est pas sain comme adversité. Personne jusqu’à présent ne m’a attaqué sur mon programme (…) Et si on m’attaque sur autre chose que mon programme, c’est que je dérange», finira-t-il par déclarer.

Mais, poussé par son amour pour le pays, Drogba a tenu à aller jusqu’au bout. Espérant (peut-être) que les dirigeants se ressaisiraient avant le jour J. Finalement, il est arrivé dans l’arène de Yamoussoukro comme un taureau qui s’avance vers sa mise à mort. C’est ce qui explique l’assurance de ses adversaires et les cris de victoire, avant la victoire, de leurs supporters dans le hall de l’hôtel Président la veille de l’élection.

Depuis le samedi 23 avril 2022, à l’étranger, dans les pays africains particulièrement, la Côte d’Ivoire sportive est regardée avec étonnement. A la limite de la raillerie. Au-delà des considérations démocratiques et des oppositions personnelles pour parvenir à la tête de la fédération, c’est le fait que les dirigeants de clubs, les responsables politiques aient laissé passer l’occasion inestimable d’‘‘enrôler’’ un élément de la taille de Didier Drogba avec tout l’impact qu’il produit partout où il passe.

Mais, même si Didier Drogba a été lâché par les dirigeants, son aura continue de se déployer, toujours plus phénoménale. Comme l’effet extraordinaire que produit son nom sur Lys de Sassandra, la seule équipe de première division à avoir voté pour lui. Depuis quelques jours, c’est un déferlement de dons, de propositions de contrats de sponsoring, sans compter les ventes de maillots qui ont explosé et ses réseaux sociaux dont le nombre d’abonnés ne cessent de grimper. Mercredi 27 avril dernier, dans l’émission ‘‘Appel sur l’actualité’’ sur RFI, le journaliste Antoine Grognet disait, à propos du mouvement déclenché en faveur de cette équipe par les supporters de Didier : « Cette popularité (de Drogba) est indéniable. Et ça, personne ne peut le contester, ni Idriss Diallo ni Sory Diabaté ».

E. TONGA BEHI

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