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Gadji Céli : ‘‘Je suis pressé de rentrer au pays’’

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C’est dans un café-restaurant, Porte d’Orléans à Paris, que Gadji Céli reçoit Top Visages Live en cet après-midi d’octobre. Il a la mine épanouie. Comme si les dix années loin de la terre natale n’ont pas eu d’effet sur lui. Mais St Jo est un homme robuste qui intériorise beaucoup. Et puis, dans la capitale française, l’agenda de l’ex-footballeur devenu chanteur à succès ne lui laisse pas le temps de glander.
Entre séances de studio et spectacles, le King ne chôme pas. C’est donc entre deux rendez-vous qu’il nous reçoit pour une causerie à propos de son retour au pays. Cette fois, c’est sûr, il va rentrer à Babi. Mais avant, retour sur les récentes tractations et les derniers détails à régler.

. Après 10 ans d’exil loin du pays natal, comment vous sentez-vous ?
– Par la grâce de Dieu, je me porte à merveille. Ce n’est pas facile d’être loin des siens. Je vous fais l’économie des détails. Sachez tout simplement, je vis cet exil avec dignité et fierté avec le soutien de plusieurs amis. Avec la pandémie du Covid 19, nous avons connu des moments de tristesse avec les décès de plusieurs de nos proches. Paix à leurs âmes. Mais Dieu m’a fait grâce, je vais bien, je suis en parfaite santé.

. N’est-ce pas le moment de mettre fin à cet exil puisque vous aviez conditionné votre retour à la libération du Président Laurent Gbagbo ?
– Effectivement, je devrais rentrer normalement en même temps que le Président Laurent Gbagbo. J’ai parlé avec lui ainsi qu’avec ses proches collaborateurs sur la question de mon retour en Côte d’Ivoire. Mais actuellement, je suis en train de régler certains détails administratifs avant de rentrer. J’attends un document important pour ma vie, c’est pourquoi je patiente quelques mois pour l’avoir. Cependant, je rassure les Ivoiriens, les Ivoiriennes, mes fans que j’arrive d’ici peu. Sachez que je suis pressé de retrouver mon pays.

. Qui doit vous délivrer ce document ? Les autorités ivoiriennes ou françaises ?
– Les autorités ivoiriennes n’ont rien à voir avec ce dossier. C’est plutôt au niveau des autorités françaises. D’ailleurs ce n’est pas de la faute de ces dernières, c’est juste le fonctionnement de l’administration qui s’adapte aux réalités depuis la pandémie du Covid 19. Il y a eu plusieurs dossiers en attente, donc, je suis obligé d’attendre.

. Est-ce vrai que vous avez reçu plusieurs émissaires du gouvernement, qui ont essayé d’organiser votre retour au pays ?
– Oui, c’est vrai, j’ai eu plusieurs propositions. Aux premières heures, c’est d’abord Antoinette Allany qui m’a contacté. Elle m’a dit qu’elle pouvait faciliter mon retour. Mon neveu, mon grand frère Junior Talo Gadji qui était de la délégation de 1992 lorsque nous sommes allés présenter la coupe d’Afrique (le trophée de la CAN 92 : ndlr) au Président de la République, Félix Houphouët-Boigny.

A lui, le président Alassane Ouattara a laissé des instructions en présence des témoins tels que Noel Dourey, de me dire de rentrer. J’ai analysé, j’ai trouvé que ce n’était pas le moment propice. Ensuite, Meiway est venu me voir, on a échangé sur la question de mon retour. Après, la Première Dame Mme Dominique Ouattara m’a demandé de rentrer et de participer à la cérémonie de Children Of Africa. Il y a eu aussi l’ex-Premier Ministre Hamed Bakayoko, paix à son âme, qui m’a rencontré à Paris. Il a souhaité que je rentre. Tout comme l’ex président de la FIF, Sidi Diallo, paix à son âme, qui m’avait rencontré à plusieurs reprises. Il s’est engagé volontiers à m’accompagner pour mon retour en Côte d’Ivoire.

. …
– Les mois qui ont suivi, Meiway est venu me voir à deux reprises. Il m’a dit qu’il se portait garant pour mon retour. Qu’il allait prendre toutes les dispositions auprès des autorités pour assurer ma sécurité. Après lui, le ministre Cissé Bacongo a reçu mes amis de lutte dont Serges Kassy, François Kency… Mais je n’étais pas disponible à cette période. Néanmoins, il m’a appelé et nous avons échangé sur la même question de mon retour.

Quelques mois, plus tard, j’ai rencontré la Ministre Mariatou Koné, par l’entremise d’un ami. Ensuite, Alpha Blondy m’a demandé, via mon ami Dramane Cissé du RHDP, de rentrer. Je lui ai donné ma réponse et je n’ai pas eu de suite de la part d’Alpha Blondy. Parmi les artistes, Ismaël Isaac et un ministre m’ont contacté dans l’intention de me faire rentrer. Et puis, il y a eu une rencontre initiée par le ministre Bandama Maurice, actuel ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, lorsqu’il était ministre de la culture. Une autre fois, Noel Dourey est venu me voir au nom de l’ex-Premier Ministre Hamed Bakayoko afin d’organiser mon retour.

. Et malgré toutes ces interventions vous n’avez pas…
– J’ai trouvé que ce n’était pas encore le moment propice pour mon retour. Parce que mon cas était assez spécial. Nous ne nous sommes pas entendus sur certains points, c’est pourquoi je ne suis pas rentré malgré toutes ces médiations. Je ne voulais pas partir et abandonner le combat que j’étais en train de mener et pour lequel je me suis retrouvé en exil.

A’salfo était venu me voir afin que je participe au FEMUA 2020. Mais les jours qui ont suivi, je vois une conférence de presse de la direction du Burida avec la présence de Meiway, Asalfo, Alpha Blondy… Au cours de cette conférence, je suis mis au banc des accusés pour ma gestion du Burida. Et le communiqué final était lu par Meiway, celui-là même qui voulait me faire revenir à Abidjan. Venant des artistes qui ont fait des démarches pour mon retour, j’avoue que je suis tombé des nues.

. Il s’agit du supposé détournement de fonds ?
– Aujourd’hui, je me demande où nous en sommes avec ce fameux sujet de détournement, qui était une cabale montée de toute pièce contre ma personne. Par la suite, j’ai appelé A’salfo pour lui faire part de mon mécontentement, du fait qu’il ne maitrisait pas la situation alors qu’il voulait me faire rentrer au pays. Pendant que d’autres tiennent une conférence pour me salir ou saper son projet de mon retour. A’salfo m’a dit que le ministre de la culture était informé de ses démarches pour mon retour. Mais je trouvais paradoxale qu’une conférence de presse d’une telle envergure du Burida se tienne sans que le ministère de la culture en soit informé. J’ai compris qu’il y avait des zones d’ombres dans les démarches d’A’salfo. Ou alors, en Côte d’Ivoire, quelqu’un ne voulait pas que je rentre.

. ??…
– Le comble, c’est que les jours qui ont suivi la conférence, le même A’salfo dit à ses proches que Gadji sait pourquoi il ne veut pas venir. Ces propos venant lui m’ont choqué. Pourquoi je ne viens pas ? C’est mon pays, je peux venir quand je veux ? Et A’salfo ne s’est jamais excusé pour ça. Donc, vous comprenez les raisons de mon refus de rentrer. Parce que tant que je n’avais pas une visibilité claire de l’environnement dans lequel je venais, je ne pouvais pas venir.

. Où en êtes-vous avec les poursuites judicaires concernant l’affaire de détournement de 5 milliards de francs du Burida ?
– Les représentants du Burida ont tenu plusieurs conférences de presse en affirmant que Gadji Celi et Michel Baroan feront face à la justice pour leur gestion du Burida. Mais jusqu’à présent, la justice ne m’a pas encore notifié une assignation. En principe, mes droits d’auteur devraient être bloqués, pour quelqu’un qui a des antécédents judiciaires. La preuve, depuis le temps de Mme Viéra, le Burida paye mes droits d’auteurs. Pour un voleur du Burida, comment peut-on continuer à payer ses droits ? Que cela soit clair, je suis encore en France pour d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec le Burida.

. Que devient votre résidence d’Abidjan ?
– Après plusieurs mois d’occupation, ma maison a été libérée. Cependant, ma famille a été traumatisée y compris moi-même. J’ai refait les travaux et je l’ai mis en location. Et je ne peux plus y retourner à cause des mauvais souvenirs.

Il faudra que les gens apprennent à respecter les symboles du pays. Et je fais partie des symboles de la Côte d’Ivoire. Dans le football, j’ai gagné la 1ere CAN pour la Côte d’Ivoire avec l’équipe nationale. Sur le plan artistique, parmi les 5 meilleurs artistes, je suis cité. Donc, je suis un symbole. C’est pourquoi, en son temps, j’ai eu mal que tous mes amis du gouvernement n’aient même pas levé le petit doigt pour demander la libération de ma maison. Je regrette parce que je me dis que les symboles de mon pays ne sont pas considérés et respectés. Sous d’autres cieux, les symboles sont honorés et respectés.

Maintenant, si ce symbole a connu une faute grave, on peut le condamner en tenant compte de ce qu’il a apporté à la nation. Mais qu’ai-je fait de grave ? A part soutenir un candidat à la présidentielle comme tout citoyen. Mes témoins sont encore vivants. J’ai dit à tous les artistes d’aller voter le candidat selon leur choix politique. Je suis un partisan du Président Laurent Gbagbo, je ne suis pas FPI. D’ailleurs je suis plus proche du PDCI que des autres partis. Au PDCI, je suis proche de la famille Houphouët, la famille Bédié, la famille de Fologo, de Lambert Koffi, de feu Charles Diby Koffi…

Je redis que j’ai voté le Président Laurent Gbagbo parce qu’il avait compris la situation des artistes en Côte d’Ivoire. Et nous avons beaucoup gagné avec lui. J’ai toujours marché avec des amis qui ne sont pas de la même ethnie que moi. De l’Asec à l’Unartci, au Burida, je ne suis pas dans l’ethnocratie.

. Aujourd’hui, avez-vous obtenu des garanties pour votre retour en Côte d’Ivoire ?
– Je pouvais retourner en Côte d’Ivoire quand je pouvais, mais cela aurait laissé une symphonie inachevée. Parce que mon chef était encore en prison. Je suis resté pour mener la lutte. Sous la pluie, dans la neige jusqu’à ce que le Président Gbagbo soit libre. Maintenant, je pense que je peux rentrer aussi en toute bonne conscience. Je suis un homme de conviction. Lorsque j’entame un processus, je vais jusqu’au bout. Lorsque je suis arrivé au Stella Club d’Abidjan, j’avais presque 17 ans, j’ai fait gagner le 1er titre de champion au club en 1979. En 1981, nous avons remporté un 2ème titre. En 1984, nous avons gagné le 3ème titre devant l’Asec et l’Africa.

J’ai été meilleur footballeur de Côte d’Ivoire avec ce club qui n’avait jamais glané une telle distinction dans son histoire. Et j’ai représenté le Stella Club en équipe nationale de 1985 à 1988. Quand l’Asec m’a recruté, il était au 7eme rang du classement national. Mais à mon arrivée, j’ai promis aux dirigeants du club qu’ils seront champions. Et l’Asec a été successivement 4 fois champion de Côte d’Ivoire. Quant à moi, j’ai été encore meilleur joueur. Par la suite, lorsque j’ai décidé de chanter, je suis allé au bout de ma carrière. Quand j’ai pris les rênes de l’Unartci, je suis allé jusqu’au bout de mon combat. Il ne me restait que la signature du décret présidentiel sur la copie privée. Donc, je suis un ‘’jusqu’au-boutiste’’ (Rire).

. A propos de football, que pensez-vous de la bataille autour de l’élection du président de la FIF ?
– Je pense qu’ils vont s’entendre. Mon candidat est celui qui sera choisi par le Président de l’Asec. Car je suis encore attaché à ce club. Et je suis donc les instructions du Président de mon club. Je ne suis pas là pour désavouer mon Président.

. Est-ce vrai que vous aurez reçu des promoteurs qui souhaitent organiser le concert de votre retour ?
– (Rire) Oui, c’est vrai. Tous les promoteurs savent que je n’ai aucun problème qui m’empêche de rentrer. Ils sont nombreux qui ne cessent de me solliciter afin d’organiser un concert marquant mon retour à Abidjan. Parce qu’ils savent que je m’apprête à rentrer. En effet, j’ai des propositions de concert.

. A quand votre prochain album ?
– Je suis en studio. Je prépare la sortie d’un single en prélude à mon prochain album.

. Peut-on savoir celle qui partage votre nouvelle vie sentimentale ?
– C’est ma vie privée. Elle reste strictement privée. Si je me remarie un jour, vous le saurez. Je ne le ferai pas en cachette.

. Avez-vous un message pour la Côte d’Ivoire, pour vos fans ?
– A tous mes fans de la Côte d’Ivoire, je reviens. Je reviens afin qu’on revive des moments d’émotions. Comme avant. Je viens pour parler d’Amour. Je viens continuer ma carrière que j’avais suspendue pour mener un combat de justice et rien d’autre. Je me suis battu pour que la justice soit rétablie au Burida.

Je voudrais dire un mot de gratitude. Quand j’ai quitté le pays et que je suis arrivé au Ghana, c’est grâce à Tiken Jah et Didier Drogba que j’ai pu regagner la France. Je leur témoigne ma reconnaissance. A cette étape, je remercie la fondation Gadji Céli avec à sa tête le Président Bello Issiaka. Pendant 10 ans, il a tenu ferme sans capituler. Je lui tire mon chapeau pour son soutien ainsi qu’à toute son équipe. Je remercie également la famille Kabachi avec son Président Meli Melo et tous les membres de mon staff de Paris et d’Abidjan. Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu moralement, psychologique pendant mes 10 ans d’exil. Parce que j’ai failli lâcher prise. Je remercie le Président Laurent Gbagbo. Je remercie tous les artistes. Je remercie le Président Stéphane Kipré, c’est un homme à féliciter. Je remercie le Docteur Malick Coulibaly, Eric Kahé et tous ceux que je ne peux pas citer ici.
A bientôt !

Réalisée à Paris par Charly Légende

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