Installé à Paris depuis quelques années, Gadji Céli St Jo respire la grande forme. Dans quelques jours, il sortira un maxi-single intitulé ‘’Prolongation’’. Dans cette causerie que l’ex-PCA du Burida a accordée à Top Visages Live, il dévoile sa carrière en France et parle aussi du Burida, de ses projets et de la mort de DJ Arafat.


. Gadji Celi, tu respires la grande forme !

– Oui, je vais bien, par la grâce de Dieu. Je vis à Paris avec ma famille (il nous présente sa fille qui est à ses côtés). Tout va bien à part quelques mauvaises  nouvelles que je reçois de temps à autre. La plus grande mauvaise nouvelle est celle du décès de ma mère. Cela m’a vraiment affecté. Ça a été un coup dur pour moi. Pour oublier cela, j’étais obligé de me mettre à fond dans mes séances d’enregistrements. Je me suis abandonné dans le travail afin d’oublier cette douleur. Sinon, ça risquait de m’anéantir.

.Comment as-tu vécu à distance les obsèques de ta mère ?

– Bien évidemment, c’était avec beaucoup de douleur. Je n’ai pas pu assister aux obsèques de ma mère ni à Abidjan, ni au village (pour l’inhumation). Mais je remercie les Ivoiriens de la diaspora qui se sont mobilisés pour m’apporter un soutien sans faille à Paris. Et j’ai pu offrir une veillée digne à la mémoire de ma mère. A Abidjan, j’ai vu la grande mobilisation des artistes, de mes fans, de mes amis. Cela m’a énormément touché. Je tiens à les remercier à travers cette interview. Je remercie mon grand frère Mathias qui a piloté l’organisation des obsèques. A eux tous, je voudrais témoigner ma gratitude.

. Entre temps, le show-biz ivoirien a perdu Dj Arafat.

– La mort de Dj Arafat m’a fait un choc ! Quand les artistes ont du talent, on a tendance à ne pas les considérer. C’est quand on les perd qu’on s’aperçoit du gros vide qu’ils laissent. Aujourd’hui, si Bob Marley vivait encore, on aurait entendu d’autres beaux textes du combat de la vie avec de nouvelles sonorités. Mais il est parti avec tout. Pareil pour Ernesto Djédjé : s’il était en vie, il aurait créé d’autres facettes du ziglibity. Les artistes qui donnent de la joie, vous font passer des moments agréables qui vous font oublier votre anxiété, il est important de leur donne un minimum de considération. Ce n’est pas seulement que les artistes chanteurs, il y a aussi les autres arts et les sportifs. Lorsque les footballeurs remportent un trophée, c’est tout le pays qui est dans la joie. Il faut savoir préserver l’image de nos icones et de nos stars.

. Quels souvenirs gardes-tu de Dj Arafat ?

– Les premières notes de mon album ‘’King Solo’’ ont été faites par Houon Pierre (le père de DJ Arafat : ndlr), qui était mon ingénieur. De Dj Arafat, je garde le souvenir d’un artiste talentueux dans son domaine. Il était spécial. Il a créé une façon de voir le couper-décaler. Il a apporté le hard et le bad dans le couper-décaler. Il avait une étoile. C’est ce qui a créé la consternation dans le monde entier. Il faut que l’Afrique reconnaisse ses étoiles. Malheureusement, l’Afrique bafoue parfois ses étoiles. Si on doit mettre une étoile sur le bon chemin, le recadrer, on n’est pas obligé de le faire méchamment…

Pendant un an, tu as géré le Burida en tant que PCA. Parlons-en !

De fin 2009 aux élections de 2010. J’ai fait juste un an. Je n’ai pas pu bien travailler. Mais j’ai fait ce que je pouvais faire. Les locaux du Burida étaient dans un état de délabrement total. C’est mon équipe, mes partenaires et moi, qui avons offert ce nouveau Burida qui fait aujourd’hui la fierté des artistes. Malgré tout, j’entends pleins de choses que les gens racontent sur moi. Quand le ministre de la culture voulait me rencontrer à Paris, j’ai souhaité que cela se fasse en présence des artistes. Quand je prenais les commandes du Burida, il n’y avait que 2 millions dans tous les comptes. Avec mon Dg, Michel Baroan, on a fait un audit interne que j’ai encore en ma possession, qui révèle ce que j’ai trouvé dans les caisses du Burida. Quand je suis arrivée, je n’ai pas fait de chasse aux sorcières. Le secrétaire général, Zié Ouattara que j’ai trouvé, devait aller à la retraite. Mais je l’ai nommé comme directeur général par intérim pendant 6 mois. Afin qu’il me montre le fonctionnement du Burida. Et j’ai prolongé ses années de fonction. Avec Zié Ouattara et mon équipe, nous avons fait l’état de lieux qui a révélé 2 millions dans les caisses. L’annonce a été faite à une conférence de presse. Les journaux sont là pour attester mes propos. Mais c’est écœurant d’entendre les gens du ministère de la culture dirent que ceux qui étaient là avant, ont fait ceci et cela. Nombreux sont les artistes qui ont bénéficié de l’argent du Burida, j’ai des documents comme preuve. Je n’ai pas pris l’argent des artistes. J’ai plutôt donné aux artistes leur argent. J’estime que l’argent qui entre au Bureau Ivoirien des Droits d’Auteur (Burida) appartient aux artistes. Quand les artistes avaient un problème, j’étais là pour régler leur problème. Si on me reproche d’avoir réglé les problèmes des artistes, n’oublions pas que nous sommes en Afrique, le social doit primer sur tout. On ne peut pas regarder un artiste lutter seul contre la mort. Et les fonds collectés dans les maquis, bars, salons de coiffures, hôtels… qu’est-ce qu’on fait avec ? Sans oublier qu’à cette période, le pays était divisé en deux. On n’encaissait pas les droits de l’autre côté du territoire.

. Que penses-tu du départ de Mme Viéra du Burida ?

– (Il hésite) J’ai constaté son départ et je n’ai pas grande chose à dire. Mais ce je reproche et je déplore, ce n’était pas normal qu’elle ait pu assurer ce poste de DG par intérim pendant 8 ans. Alors que son conseil, comportait de grands artistes. Et, elle a fait le contraire de ce pour quoi elle a été nommée.

. Parlons de ta carrière. Comment évolue-t-elle ?

On m’aura beau arracher tout ce que j’ai, je demeure artiste. Et, partout où je serai, peu importe le continent, je ne serai jamais à court d’inspiration. Ma première œuvre est sortie en fin 1984. Cela me fait 36 ans d’une carrière constante. Mon dernier album ‘’Point Sensible’’ sur lequel figure les titres ‘’ Ça djo’’, ‘’Amour Foyer Problème (AFP)’’. Je viens de réaliser un maxi-single intitulé ‘’Prolongation’’ où il y a la chanson ‘’Ancien feu’’. Un autre titre sortira d’ici peu qui est intitulé ’’Ça cache quoi’’. Sur le maxi-single, figure également une version afro-zouk de ‘’You Tamalemi’’. La présentation se fera le 26 octobre. Et, il y aura un grand concert le 28 décembre.

. A quand ton retour à Abidjan ?

– C’est bientôt. Mon plus grand souhait est que la Côte d’Ivoire se retrouve, que ses filles et ses fils se retrouvent. Qu’ils se parlent, s’entendent pour que l’esprit de fraternité dans le pays soit comme par le passé. Que les uns et les autres se pardonnent. Nous devons être soudés. Que les uns et les autres, qui ont fait des choses qui ne sont pas bonnes demandent pardon. Que la Côte d’Ivoire reste une et indivisible.

Réalisée à Paris, par Charly Légende

Photos : Pata Papara

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