Dans le cadre du Mois de l’Histoire des Noirs, Montréal s’est offert dimanche dernier deux virtuoses de la musique malienne afin d’apporter de la chaleur dans un hiver rude, de plus en plus froid et interminable.

Le thermomètre affiche moins 10 degrés en ressentie (une température exceptionnellement clémente ce jour-là). Pendant qu’une longue file de spectateurs impatients ceinture quasiment le grand bâtiment de la salle du National, dans le hall, journalistes et artistes invités se demandent pourquoi la salle demeure encore fermée plus de 30 minutes après le début annoncé du spectacle.

Prévu pour 20h00, c’est finalement à 21h50mn que les artistes s’invitent sur la scène, sous les applaudissements nourris d’un public chaud et passionné qui ne leur tient pas rigueur pour le retard. (La faute à cette longue tournée internationale inédite qui les amène d’une ville à une autre en non stop. Et qui a obligé leur avion à atterrir à l’aéroport de Montréal 2h seulement avant le début de leur prestation).

Très vite, les artistes prennent le pouls de la salle et enchainent les titres dans cette création artistique majeure qui ressemble à une éloquente réunion de famille (Bassékou est accompagné de son fils à la guitare et de sa femme, la chanteuse malienne à la voix puissante, Aminata Sacko). De ‘’Djamana’’  à ‘’Africa’’ en passant par  ‘’Sou Kora’’   ‘’Mousso’’ … le public chante et danse sous le jeu de guitare unique d’Habib Koité, la voix captivante d’Aminata Sacko et les prouesses hallucinantes de Bassékou Kouyaté au Ngoni. Entre deux chansons, Amina invite la gente féminine à se joindre au groupe : « Chantez avec moi, femme de Montréal », dit-elle sous les cris complices du public féminin.  Avant de faire place aux vedettes de la soirée pour plus d’un quart d’heure de pur blues made in Songhaï. Il y avait d’un côté, Habib Koité considéré comme le Jimmy Hendrix africain et reconnu comme la plus grande pop star du Mali par ‘’Rolling Stone Magazine’’ pour avoir vendu plus 250 000 albums ; et de l’autre, Bassékou Kouyaté révolutionnant la pratique du Ngoni et qui a gagné deux BBC 3 Awards for World Music ainsi qu’une nomination aux Grammy. La table était mise pour revisiter les origines du blues sous le regard d’un Tiken Jah Facoly discret en spectateur assidu qui finira par se faire démasquer jusqu’à être invité sur la scène. Pour une prestation improvisée en toute humilité à la fois courte et généreuse, notamment avec son fameux titre à succès ‘’Ouvrez les frontières’’.

En somme, le groupe a su faire fi de la fatigue pour offrir un beau spectacle tout en couleur, riche de toute la diversité musicale malienne.

Dramane K. Denkêss, à Montréal

5/5 (2)

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