En compétition dans la catégorie Documentaire long métrage, le film ‘’Jean Rouch, cinéaste africain’’ de l’Ivoirien Idriss Diabaté a été projeté le mardi 26 février au Ciné Neerwaya devant un grand public. Le titre est un petit contraste car Jean Rouch est un réalisateur français. Mais il a vécu et fait toute sa carrière en Afrique, notamment au Niger. Le Français a fait partie des pères du cinéma africain. « Ousmane Sembène, Timité Bassori ou Idrissa Ouédraogo savent ce que Jean Rouch a apporté au cinéma africain. Le cinéma nigérien est né en Côte d’Ivoire avec Jean Rouch et Oumarou Ganda. J’ai travaillé avec lui pendant 44 ans de 1960 à 2004 à sa mort. Rouch a été parmi les premiers réalisateurs qui ont œuvré à ce que le Fespaco reste au Burkina Faso », révèle Moussa Amidou, ingénieur de son de Jean Rouch. C’est donc à cet homme qui a beaucoup apporté au 7è art africain qu’Idriss Diabaté a décidé de rendre hommage. Le film est réalisé à partir d’images des œuvres de Jean Rouch et des témoignages des cinéastes, des acteurs et des sociologues qui ont connu et côtoyé Jean Rouch. Les belles images et les témoignages poignants des intervenants replongent le cinéphile dans la vie et l’apport du cinéaste français à l’Afrique. « Jean Rouch m’a beaucoup aidé. Grâce à lui, je suis devenu cinéaste. Il m’a amené aussi à regarder l’Afrique autrement. Comme moi, les Africains qui avaient le bac en 1970, pensaient qu’ils devraient aller apprendre la civilisation en Europe et revenir civiliser l’Afrique. C’était cela dans notre tête. Quand je suis allé en France, je suis allé au Musée de l’Homme à Paris dans l’atelier de Jean Rouch. Il m’a montré les Dogons, les Songhaï, la pyramide humaine, les jeunes gens dans le même lycée qui s’embrassent entre Blancs et Noirs. J’ai commencé à comprendre que j’avais une culture, une civilisation, un passé. Cela m’a vraiment aidé à être ce que je suis aujourd’hui », témoigne Idriss Diabaté, élève de Rouch. Dans le documentaire du réalisateur ivoirien, on voit que Jean Rouch a réalisé plus de 150 films au Burkina Faso, au Mali, au Niger et en Côte d’Ivoire. « Rouch était une mine pour moi. Le film essaie de montrer que Jean Rouch a reçu quelque chose de l’Afrique et qu’il a aussi donné quelque chose à l’Afrique. Tous mes films passaient dans le festival de Jean Rouch. Il m’a aidé, il m’a encouragé, il m’a montré aux autres. Cela m’a encouragé à continuer à faire des films. Jean Rouch a donné leur chance à de nombreux Africains. Les premiers films qui ont été présentés au Fespaco sont de Jean Rouch », révèle le documentariste. Son œuvre évoque également l’altercation qu’il y a eu en 1966 entre Ousmane Sembène et Jean Rouch à Dakar pendant le Festival des arts nègres. « Après la projection de ‘’La Noire de…’’ de Sembène, Rouch lui a dit : ‘’La Noire de…’’ est la copie de ‘’Moi, un Noir’’ de Rouch. Sembène ne l’a pas apprécié et il s’est mis à crier et a dit ceci : « Tu filmes les Africains comme des insectes ». Mais ça n’a pas été un conflit long car ils sont restés des amis jusqu’à la mort de Rouch. Pour nous, Rouch est irremplaçable. Rouch a laissé beaucoup de choses à l’Afrique. Il me disait d’enregistrer tous les colloques des africanistes de l’époque ; des gens comme le Pr Joseph Ki Zerbo, Cheick Anta Diop… Il a laissé une sonothèque de plus de 1000 bandes à Niamey », renchérit Moussa Amidou, présent au cinquantenaire du Fespaco à Ouagadougou.

Jean Rouch est né le 31 mai 1917 et décédé le 18 février 2004.

O. A. K

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