Oumou Sangaré et Salif Kéita sont certainement pour quelque chose dans la carrière artistique de Kady Sylla. Ce sont eux qui ont « allumé le feu » dans le cœur de la jeune fille. À cette époque, Kady, petite orpheline, vivait avec sa mère à Bouaké, au centre de la Côte d’Ivoire. Son père est décédé quand elle avait tout juste 11 ans. Afin de surmonter le spleen et la solitude, la mère fait passer en boucle de la musique mandingue à la maison, pour réchauffer un peu l’atmosphère familiale. Deux des plus grands artistes du genre, Oumou Sangaré et Salif Kéita figurent en bonne place dans la play-list. L’enfance de Kady va être bercée par ces mélodies.

Censées être un exutoire, les notes de musique vont infuser l’âme, le subconscient de la petite Kady. Mais sa mère décède, alors que la jeune fille n’a que 13 ans. Désormais « seule au monde », l’orpheline est recueillie par l’une de ses tantes qui promet de la scolariser. La jeune fille va vite déchanter. Au lieu des table-bancs, elle est placée comme servante dans des familles. Mais loin de l’anéantir, cette expérience va plutôt forger un mental d’acier à la jeune fille en la rendant audacieuse.

Kady va choisir la coiffure comme métier. Et c’est aussi pendant cette période de sa vie que, du fond de son esprit, surgit l’idée de faire de la musique. Une passion longtemps enfouie. La jeune femme se jette dans le bain. Son premier single « La paix » sort en 2011. Trois autres vont suivre, « Tolon » (2012), « Agné kouma » (2017) et « Yafama » (2018) arrangé par David Tayorault. S’ensuit une participation au concours musical et artistique « The Voice Afrique francophone ». Kady Sylla a enfin trouvé sa voie, la musique. Elle y reste. Elle enchaîne plusieurs plateaux télé, notamment le talk show C’Midi de RTI1, les émissions de divertissement Tempo et Beach de la 2. Elle profite alors de ce temps fort pour sortir son premier album, en février 2019. Une œuvre de 8 titres qui confirme son talent naissant. L’album est intitulé ‘’Djiguiya’’ (espoir, en Malinké). Il traduit l’espérance, le pardon, la paix, le dialogue. On y trouve aussi des chansons qui dénoncent l’excision, la polygamie, l’hypocrisie, la méchanceté ou encore la maltraitance des enfants (et pour cause !). Le tout est un ensemble mélodique, dont les titres en Malinké et en français intègrent des sonorités propres au terroir Mandingue.

Même si pour l’heure Kady Sylla n’a pas encore le calibre ou l’envergure de son idole Oumou Sangaré, il va de soi que sa musique dans son essence reste profondément influencée (en partie) par la cantatrice malienne. Une voix chaude sur un fond musical limpide qui allie tradition et modernité. L’identité que Kady veut imprimer à son style de musique s’explique sans doute aussi par la qualité du travail réalisé en amont. Elle dispose d’un orchestre, le « Madinani » (du nom du village de ses défunts parents), composé de 5 musiciens : le Camerounais Xavier Danaud (basse), les Togolais Assiobo Selom (guitare solo), Assiakoley Mawunyo alias David (batterie), Bamezon Messan (piano) et Jean-Pierre Nunana (percussion).

Basée au Togo depuis quelques années, Kady Sylla partage sa vie ainsi, entre la musique et ses affaires. Son rêve est de faire un featuring avec le rappeur français Soprano. Et évidemment avec Oumou Sangaré.

François Yéo

Laissez un commentaire