Actrice, scénariste et productrice, Kadhy Touré est la figure de proue du Blockbuster ivoirien grâce à des thématiques proche du public. Avec son film ‘’L’Interprète’’ (Prix du meilleur montage au Fespaco et plus gros succès du cinéma ivoirien), elle fait une entrée fracassante dans le monde du 7eme art. Après Toulouse, Angoulême, Los Angeles… Kadhy Touré est présente à Ottawa pour prendre part à une production 100% canadienne.

 

. A quand remonte déjà vos débuts dans le cinéma?

Hum! Mes débuts remontent exactement à l’année 2007. En 2007, c’était dans une production ivoiro-nigériane. Où j’ai fait une petite apparition et, derrière, ça s’est enchainé.

. …

– C’est tellement long à expliquer tout ça. Vous savez, avant, il y avait des films nigérians qui étaient traduits en français et qui passaient souvent à la télé. Et un jour, à la fin d’un de ces films, j’ai regardé jusqu’au générique. J’ai vu le numéro de téléphone de la compagnie qui faisait le doublage, je les ai appelés pour une critique. Je trouvais que le doublage en français était mal fait. Ils m’ont demandé si je comprenais l’Anglais. J’ai dit non. Mais si vous me dites exactement ce qu’il faut dire, je suis capable de beaucoup mieux que ce que vous proposez en ce moment. C’est ainsi qu’ils m’ont invitée à leur bureau à Marcory. Quand je suis arrivée, ils n’avaient pas de films à traduire, mais ils m’ont fait entrer dans leur banque de données. Et ils m’ont fait passer un casting pour une production nigériane qui devait avoir lieu en Côte d’ivoire. Et à la suite du casting, j’ai été retenue. Pour ceux qui me connaissent, ça a toujours été un rêve pour moi de faire du cinéma…

. Et quelle a été la réaction de vos parents, surtout que vous êtes une femme africaine issue d’une grande famille traditionnelle et musulmane ?

– Hum… Ça n’a pas été vraiment facile. Mon père ne voulait absolument rien savoir. « Jamais ma fille ne va faire du cinéma. C’est hors de question. Ce n’est pas un métier facile. Ça ne marche pas et en plus il n’y a pas d’argent dedans », répétait-il. A juste titre peut-être. Vous connaissez les pères classiques, hein ! Mais après, chacun a sa mentalité et son plan pour réussir. J’ai dû forcer les choses. J’ai même eu à faire une fugue. Je lui ai dit : tant qu’il ne me laisse pas réaliser mon rêve, je ne rentre pas à la maison. Finalement, il a compris et m’a laissée faire. Et voilà!

. Et depuis, vous avez laissé vos empruntes sur plusieurs productions ivoiriennes et africaines. Mais avec toujours cette impression que vous êtes taillée uniquement pour les rôles de séductrice…

– (Éclats de rire) Mais que voulez-vous que je fasse ? Sinon, j’aurais aimé aussi jouer un rôle de sorcière et autre, quoi. Mais je pense que ça va venir ce type de rôle dans notre cinéma. C’est juste un pur hasard les rôles de séductrice, comme vous dites. Mais là, il y a de nouveaux films en gestation. Et vous verrez une Kadhy différente.

. OK ! Alors, qu’est-ce qui vous amène au Canada, loin de votre terrain de prédilection ?

– Je suis présentement au Canada pour le tournage d’un film. Le tournage a lieu précisément à Ottawa. J’ai été contactée par une structure canadienne qui avait vu les films que j’ai faits, notamment ‘’L’Interprète’’. Ils se sont basés sur ça. Parce que le rôle qui m’a été donné dans ce film canadien, c’est celui d’une fille africaine qui parle l’anglais avec un fort accent. Mais, je ne suis pas trop autorisée à parler du film. Car je suis juste une actrice de soutien dans le film. C’est un film avec une très belle histoire. Je suis la seule africaine qui y joue. En tout cas, c’est une belle ouverture pour moi sur le monde occidental.

. C’est ce qui explique qu’au lieu de rester au chaud à Abidjan, vous êtes ici en ce moment à braver le froid canadien. Qu’est-ce qui vous fait courir ?

– (Rire) Euh… je dirais la passion. Juste la passion. Quand tu veux faire quelque chose depuis l’enfance, tu le fais et tu le fais bien. Et jusqu’au bout. Moi, j’ai fait actrice pendant 10 ans. Maintenant, je suis réalisatrice et productrice pendant 4 ans. Et je ne compte pas m’arrêter de si tôt. Je compte aller jusqu’au bout de ce que le cinéma peut m’offrir. Peut-être jusqu’à Hollywood s’il le faut. Maintenant, ce n’est pas à Hollywood qu’on gagne forcément beaucoup d’argent ou qu’on est épanoui. Moi, je peux continuer à faire mes productions au Nigeria et au Ghana, embaucher le maximum de personnes, créer beaucoup d’emplois et être bien également. Voilà quoi ! Mais à côté de ça également, il y a des acteurs afro-américains comme Tyler Perry et Denzel Washington avec qui j’aimerais jouer. Juste ces deux-là (rire).

. Comment expliquez-vous votre succès en Côte d’Ivoire quand on sait que vous n’êtes pas passé par l’école classique du théâtre ou des séries à la sauce ivoirienne?

– Je dirais que c’est d’abord une chance. Ensuite, c’est peut-être le jeu que j’ai mis dans les séries que j’ai faites. J’ai fait des séries où j’ai tout de suite été remarquée. Du coup, ça m’a ouvert encore d’autres portes. De la première opportunité qu’on m’a donnée, j’ai saisi ma chance en enchainant rapidement les rôles jusqu’à mon quatrième film. Aujourd’hui, je suis à mon douzième film… Mais celui qui a été le boom dans ma carrière, c’est L’Interprète. Parce que j’étais à chaque étape. Productrice, scénariste, actrice, une businesswoman et une jeune fille. Je pense que c’est ce qui a attiré les projecteurs vers moi… Je fais aussi ce métier pour montrer qu’on peut faire du cinéma et avoir de bonnes valeurs. Je suis juste une personne normale qui croit en ce qu’elle fait et ça marche.

. Dernièrement, vous avez suscité beaucoup d’intérêt à la suite de votre mariage. Beaucoup se sont demandés comment une jeune fille comme vous, à la fois brillante, intellectuelle et battante ait pu accepter le rôle de seconde épouse dans son foyer.

– Moi ce que je peux dire déjà, c’est que ma vie privée, je n’en parle pas en ce moment. Mais la situation dans laquelle je me trouve aujourd’hui, c’est que je suis très épanouie et très heureuse dans ma vie de mariée et de maman. Je suis très heureuse avec mon enfant. Je ne peux donc pas laisser d’autres personnes définir pour moi ce que c’est que le bonheur…

Réalisée par notre correspondant au Canada, Dramane K. Denkêss

 

 

 

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