Lunic est à Abidjan pour préparer son retour définitif après six ans d’absence. Avant la sortie en novembre de son 3ème nouvel album de 10 titres baptisé ‘’Mon histoire’’, le Zouglou est venu avec un single ‘’Enfant béni’’ dans son sac. L’œuvre ‘’Mon histoire’’ retrace sa carrière musicale et ses moments difficiles de vendeur de Bandji après le décès de ses parents.

• Tu est de plus en plus régulier à Abidjan…

– Je suis régulier en Côte d’Ivoire, parce que je suis en train de mettre les choses en place pour la sortie de mon nouvel album. Et c’est pour bientôt. 

• Penses-tu aussi à un retour définitif au pays ?

– Tout à fait. Cela fait au moins six ans que je suis en France. Ma présence régulière est une manière pour moi de préparer le terrain pour mon retour définitif au pays. Tout est en train d’être fait pour mon retour. Bientôt les mélomanes seront en contact permanent avec moi. 

• Quelles sont les raisons de ton départ pour la France il y a de cela six ans ?

– J’étais déjà en tournée en Suisse lorsque les événements ont éclaté en Côte d’Ivoire en 2010. Vu que le pays était instable, j’ai décidé de prolonger mon séjour européen. L’instabilité faisait qu’on ne pouvait pas faire des spectacles en Côte d’Ivoire. Ce qui a fait également que je suis resté en Europe. A un moment donné il faut s’intégrer en France. J’ai commencé à le faire. J’ai eu un boulot qui ne pouvait pas me permettre de revenir tout de suite en Côte d’Ivoire. C’était un contrat à duré indéterminé (CDI). C’est ce qui m’a pris tout ce temps en France. 

• Comment s’est passé ton aventure de six ans en Europe ?

– Les débuts en Europe sont toujours difficiles. Tu n’as pas les papiers en règle. C’est difficile d’avoir du boulot. Après avoir rempli tout ça, il faut chercher un travail. J’ai pu me mettre en règle vis-à-vis de l’administration française. Ensuite, j’ai eu un boulot à la poste en tant que chauffeur-livreur à Colissimo. J’étais chargé de livrer des colis de clients qui passaient des commandes sur Internet. 

• Ce boulot de chauffeur-livreur t’a tellement occupé que tu as oublié ta carrière musicale ?

– Oui. J’ai aimé et adopté le travail de chauffeur-livreur. Mon patron avait également confiance en moi. Je ne pouvais pas faire ce travail et me consacrer en même temps à ma carrière musicale. J’occupais aussi le rang d’un chef. J’avais en charge dix-huit personnes qu’il fallait gérer au quotidien. Ça me prenait beaucoup de temps. 

• Tu as formé aussi une famille ?

– Bien sûr. J’ai une femme et deux enfants en France. Les enfants vont à l’école. Paris-Abidjan, c’est six heures de vol. Je vais le faire souvent pour voir ma famille. Quand il y aura les vacances, ils viendront me voir à Abidjan et repartir. 

• On a entendu dire que ta femme est une benguiste âgée ?

– (Il rit) Vraiment, les gens racontent n’importe quoi. Je ne me reconnais pas dans ce qu’on raconte sur moi. J’ai une petite taille et je fais jeune. Quand on me voit avec une femme qui est plus grande que moi, les gens peuvent penser comme cela. Je ne suis jamais sorti avec une femme plus âgée que moi en France. Sinon j’ai 30 ans aujourd’hui et je suis plus âgé que ma femme. C’est vrai, je ne fais pas mon âge. Il y a des endroits où je passe et les gens me donnent souvent 22 ou 25 ans. 

• Tu as déjà sorti un premier     single il y a quelques mois ?

– Oui, le single ‘’On sait et on fait’’ a été arrangé à Paris par Max Héro. Cette chanson est sortie en avril dernier pour demander pardon à mes fans qui s’impatientaient après six années d’absence. Le message est maintenant passé. On passe à présent à la vitesse supérieure avec la publication prochaine d’un deuxième single ‘’Enfant béni’’, qui est sorti depuis le jeudi 13 octobre à Paris. Nous allons faire la promotion et au bout de quelques semaines l’album complet sera sur le marché. 

• Combien de chansons seront sur l’album qui sortira au mois de novembre ?

– Il y aura 10 titres. Je suis en train de tout mettre en œuvre pour la sortie. J’ai travaillé avec David Tayorault, Max Héro, Dr Fala Fala, Bébi Philip et Champi Kilo. C’est un album qui aura plusieurs colorations. Les jeunes et les vieux vont se retrouver là-dans. Il faut innover sans pour autant se perdre. 

• Travailler avec cinq arrangeurs a-t-il une explication ?

– Le Zouglou a évolué. Il y a beaucoup de sonorités qui entrent en ligne de compte. Il y a une nouvelle façon de chanter aujourd’hui le Zouglou. Il y a le Zouglou à l’état pur qui reste toujours. C’est en cela que l’apport de David Tayorault est important. Il connaît ce rythme et il a été au début du succès de beaucoup de groupes Zouglou. Dr Fala Fala, Bébi Philip et Champi Kilo sont de la nouvelle génération d’arrangeurs. Ils sont des arrangeurs du couper-décaler et ils donnent une nouvelle coloration au Zouglou. 

• Pourquoi as-tu baptisé ton nouvel album ‘’Mon histoire’’ ?

– Je l’ai baptisé  ‘’Mon histoire’’, juste pour parler de mon histoire avec la musique en France. Quand on va en France, c’est difficile de renouer avec la musique. C’est ce que je dis dans la chanson. Et par la même occasion, je parle du début de ma carrière jusqu’à aujourd’hui. 

• Tu as quand-même vécu une vie difficile en vendant du Bandji (vin de palme) à une certaine époque ?

– Pour un enfant de pauvre comme moi quand il n’y a plus d’issue, il faut compter sur soi-même. Après le décès de mon père en 2002 et de ma mère en 2003, je me suis retrouvé tout seul. En Seconde, il fallait payer mes fournitures scolaires. J’étais obligé de travailler pour avoir de l’argent. Je passais les vacances dans un campement à Pokro près de Guéssabo. C’est là que je partais extraire du bandji que je mettais sur un vélo pour aller vendre à Zoukougbeu. C’était vraiment difficile, mais ce sont des moments qui m’ont forgé. Parce que je me disais qu’un jour ça ira. 

• Que penses-tu de la nouvelle génération Zouglou avec JC Pluriel, Les révolutions, Magic Diesel, Les Leaders, Amaral…

– Je m’inscris dans cette génération même si j’étais loin du pays. Je suis fier d’eux. Ils portent haut le flambeau du Zouglou. Ils font du bon boulot et cela se voit aujourd’hui. Un jeune groupe comme Les Révolutions qui remplit le Palais de la culture, on ne peut qu’être fier d’eux. Je félicite tous ces artistes qui tiennent la barre.                                                                                                       

 

 bouyepat@topvisages.net

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