Il y a quelques semaines, Top Visages Live révélait que Chiki, un ex-membre du groupe musical Taboth Cadence est devenu un mendiant. Victime de troubles mentaux, il est souvent aperçu dans les rues de Jacqueville où il erre pour quémander sa pitance. Cette publication a provoqué des réactions en chaîne, aussi bien au sein du public que dans le milieu du show business avec, en tête, Firmin Nanga, le producteur et manager du groupe.

Nous nous sommes rendus à Taboth, village situé à quelques minutes de Jacqueville. Ici, presque tout le monde connaît Chiki. Dans la cour familiale, c’est David, le frère aîné de Chiki qui nous reçoit. David est plus connu sous le surnom de Djafoule !! Mais pas de panique. Le personnage est plutôt calme, affable. Et ça tombe bien. Djafoule est un visage connu. Pour la petite histoire, il était le lead vocal et l’un des pionniers du groupe, dans lequel se trouvait aussi son petit frère Chiki, à l’époque, avec des danseuses au postérieur de choc.

C’est en 1998 que le groupe est baptisé Taboth Cadence par Firmin Nanga, lorsqu’il les prend sous sa coupole. Il est le premier et unique producteur de cette formation musicale jusqu’à ce jour. Mais en 2002, après 3 albums, Djafoule a quitté le groupe déjà en vogue, suite à des mésententes avec le producteur.

Depuis, l’ex-chanteur de Taboth Cadence a quitté le milieu du show-biz pour se retirer dans son village où il est devenu un pêcheur. Il mène sa vie tant bien que mal ici. Mais le quotidien est parfois difficile. Chaque jour, Djafoule part en mer avec sa pirogue pour jeter ses filets.

Quand il ramène des poissons, il les vend pour avoir quelques sous en poche. L’activité lui permet à peine de subvenir à ses besoins. Mais, même désabusé, l’homme garde néanmoins des rêves encore plein la tête. En attendant, pour noyer ses soucis, il a trouvé un allié pour le moins flatteur et sournois : l’alcool ! Évidemment, ce n’est pas à une telle vie que Djafoule rêvait avec son petit frère Chiki, au début.

Ce matin-là, Chiki n’est pas à la maison lors de notre visite. Mais c’est ici, à Taboth, en compagnie d’autres jeunes du village que le groupe a vu le jour. C’était au milieu des années 90. Djafoule s’en souvient : « À cette époque, le groupe n’avait pas de nom. On se retrouvait sur la place du village pour chanter au clair de lune. En ce temps-là, Firmin Nanga était fonctionnaire à Abidjan. Mais quand il venait au village, il nous voyait jouer et ça lui plaisait ».

Devant l’effervescence et l’émulation suscités autour de la danse du Mapouka dans le département avec l’éclosion de plusieurs groupes, Firmin organise un concours artistique à Abidjan, au stade de l’Université de Cocody. L’objectif est de détecter le meilleur groupe afin de le produire. « Il a demandé que chaque village se fasse représenter par son groupe. Il y avait Niguissaf, Toukouzou, Atoutou A, Atoutou B… qui sont tous des villages où l’on danse le Mapouka. On est allé à la compétition. Et à la fin, on a gagné, parce qu’on avait des danseuses authentiques et dangereuses. C’est ainsi que Firmin Nanga a décidé de nous produire », précise Djafoule.

Firmin Nanga confirmera ses propos en disant en effet : « Oui, Djafoule faisait partie du groupe Taboth Cadence. Il était le premier lead vocal. Mais il est retourné au village. À l’instar d’autres groupes comme ‘’Génération Mot à Mot’’, ‘’Tiagbazou Boys’’… ils sont retournés à leurs activités ».

Le premier album de Taboth Cadence paraît en 1998, intitulé « Okoudo » (Aujourd’hui : en langue Ahizi). Le succès de l’œuvre révèle le groupe au grand public, avec sa rythmique traditionnelle cadencée. À ce niveau de leur parcours professionnel, le visage de Chiki ne figure pas sur les pochettes des différents albums. La raison est simple. Les membres étant nombreux, le producteur a décidé de ne choisir que 5 personnes, dont Djafoule le lead vocal. Exit donc Chiki et les autres, restés au village.

Seulement voilà, quatre ans après, en 2002, l’aventure de Djafoule avec Taboth Cadence s’arrête brusquement. À l’en croire, il a décidé de quitter le groupe. « Il y avait des problèmes d’argent et d’encadrement. On n’arrivait pas à se retrouver pour faire ce qu’on avait décidé au début », affirme-t-il.

Quant aux soucis de santé (démence) de son petit frère, Djafoule n’hésite pas à croire que ce dernier a été ensorcelé. « Je pense que son problème est mystique. Et puis, les traitements qu’on a faits jusque-là n’arrivent pas à le guérir. On n’a pas su au départ. C’est notre père qui s’occupait de lui, mais il est décédé il y a quelques mois. On a besoin d’aide. Moi, je suis prêt à chanter et je me sens même plus inspiré qu’avant. Je suis dans un autre groupe ici au village, il s’appelle Taboth Racines. On avait eu un producteur qui était prêt à nous lancer, on tournait déjà grâce à lui dans des villes de l’intérieur. Malheureusement avec la crise de 2011, il est parti en Europe. Depuis, on se débrouille ici ».

F. Yéo

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