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Qu’est-ce qui fait tant courir Tiken Jah ?

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Il était à l’honneur en ce début de juillet à Montréal, au Canada. Tiken Jah Fakoly a reçu deux prix, pour la musique et pour les combats qu’il mène. Si ces reconnaissances le réconfortent, pour le descendant des Fakoly, la lutte continue.

Il court, il court, Tiken Jah Fakoly. Depuis 25 ans, il a ceint son épée, l’épée de la parole et du chant et parcourt le monde. Comme un guerrier, menant inlassablement ses combats, contre la corruption politique, le néo colonialisme, la dette des pays africains, les pièges de la mondialisation, etc. Admiré à travers le monde, adulé en Afrique mais aussi haï, selon que ses messages arrangent ou dérangent, il ne vise pas les récompenses pour ses combats.

Il sait que les combats comme ceux qu’il mène ne sont généralement pas au menu des trophées de reconnaissance. Il sait également que parfois, à certains endroits, on l’empêche de s’exprimer en chanson. Mais il continue d’avancer, les yeux rivés sur l’objectif final : voir bouger les lignes. Le descendant des Fakoly est un homme qui a dédié sa vie au reggae : c’est-à-dire au combat par la musique. « Le reggae explique pourquoi je ne me décourage pas. Bob Marley en a fait une musique de combat et d’éveil des consciences. Donc, pour moi, c’est une musique qui peut pousser les gens à se libérer», dit-il.

C’est pourquoi, lorsqu’il arrive (et c’est rarissime) que ses combats reçoivent une reconnaissance, il paraît surpris. Surtout lorsque, en l’espace de quelques jours, il reçoit deux trophées dont un prix pour son engagement. C’est ce qui s’est passé à Montréal (Canada) en ce début du mois de juillet 2022. Outre le Prix Nuits d’Afrique pour la Francophonie, il s’est vu décerner le Prix Miroir de la Renommée du Festival d’été de Québec pour son combat.

« Ça fait plaisir, parce que nous ne sommes pas très habitués à recevoir des prix à cause de notre engagement alors que ça devrait être le contraire. On devrait nous honorer pour notre courage. C’est un peu rare », a-t-il déclaré.

La première fois que Tiken Jah a vu son combat récompensé, c’était en août 2008. A Dublin, en Irlande. Sur la scène d’un concert au Festival of World Cultures (festival des cultures du monde), il a été honoré devant des milliers de personnes. Il a reçu le Prix Freemuse Award qui récompense une personne ou une organisation qui a travaillé pour la liberté d’expression musicale d’une manière remarquable.

Ce jour-là, saisissant l’opportunité, il a dédié son trophée au journaliste Moussa Kaka, responsable de la radio Sarraounia FM, à Niamey, emprisonné depuis plus d’un an par les autorités nigériennes qui l’accusaient de liens avec la rébellion touarègue.
Même s’il ne court pas après les trophées, ces prix montrent que sa lutte n’est pas vaine.

Quant aux trophées pour récompenser son talent musical, il en a reçu beaucoup dans sa carrière depuis l’an 2000. On peut citer, entre autres, le Prix Découvertes RFI (2000), les Victoire de la musique pour son album ‘‘Françafrique’’, le trophée du meilleur album reggae-ragga-world des Victoires de la Musique (2003), le Grand prix de la Sacem des musiques du monde (2012), Victoire de l’album Reggae Africain pour l’album ‘‘Racines’’, Prix du meilleur artiste africain de l’année (2021).

Sans oublier les disques d’or dont le premier est celui de l’album ‘‘Françafrique’’ (2002). Ensuite, en 2004 pour ‘‘Coup de Gueule’’, en 2008 pour l’album ‘‘L’Africain’’, en 2014, 4e disque d’Or pour l’album ‘‘African révolution’’.

Mais les trophées et les disques d’or n’étant pas l’objectif visé, le descendant des Fakoly poursuit son combat. Comme récemment, sur scène à La Réunion, où il a dénoncé ce qu’il appelle le «chantage du biberon de la Banque mondiale et du FMI». Puis, quelques jours plus tard, dans une interview au journal mauricien L’Express, il expliquera que « l’Afrique est aujourd’hui au stade où était la Jamaïque au moment où Bob Marley commençait après les prophéties de Marcus Garvey, etc. L’Afrique est à cette étape de son histoire. Elle est dans un processus de développement de son réveil. C’est là que le reggae prend sa place ».

(Crédit photos : Vortexgroups)

En d’autres termes, c’est le moment pour le reggae africain de se faire entendre pour que les mentalités changent. « En tant qu’Africain, je sais que le bonheur est possible en Afrique. Il n’y a pas de raison pour que ce soit impossible. L’Afrique est un des continents les plus riches. Moi, je sais qu’une autre Afrique est possible. Tant qu’on ne sera pas arrivé à ça, peut-être que je mourrai les armes à la main », a-t-il conclu.

M. Jésus

 

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