Le grand public, en Afrique, la connaît très peu. Et pourtant, cette grande comédienne a brûlé les planches ici et ailleurs. C’est dans le théâtre que Salimata Kamaté a grandi. C’est le cinéma qui est en train de la faire connaître au monde ces dernières années grâce à des films comme ’’Intouchables’’ où elle a joué aux côtés d’Omar Sy, ‘’Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?’’, puis ‘’Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?’’, la suite du premier film qui a connu un grand succès en France. Ce film s’est notamment hissé à la première place au box-office dès la première semaine de sa sortie avec 1.680.249 entrées. Après plus de 30 ans de scène, Salimata continue de tourner. Récemment, elle était au Fespaco où les ‘’Celebrities days’’ l’ont célébrée en lui décernant un trophée pour l’ensemble de sa carrière. Top Visages a profité de sa présence à Ouaga pour causer avec elle.

 

. Bonjour Sali. Comment vas-tu ?

– Je vais bien. Dieu merci.

. Tu as reçu un prix à la nuit des célébrités.

– Oui ! Ça fait plaisir de voir son travail reconnu, de savoir que les gens vous suivent et qu’ils aiment ce que vous faites. C’est très important. Car ça vous permet de travailler davantage.

. Ouaga, c’était aussi le cinquantenaire du Fespaco.

– Je suis fière de ce festival qui évolue d’année en année. Il faut se battre pour qu’il demeure, qu’il progresse et qu’on fête le centenaire, les 150 ans…

. Quelle est ton actualité ?

– J’ai un tournage entre Paris et Abidjan. Je tiens aussi un rôle dans une création théâtrale qui se fera en 2020 à Marseille. Mais les répétitions commenceront déjà dans les mois d’avril et mai. Donc, de Ouaga, je me rends à Paris.

. De quel film s’agit-il ?

– C’est une série. Ça doit s’appeler ‘’Assinie’’ et c’est produit par Erico Sery. Il en est aussi le réalisateur.

. Quel rôle joues-tu ?

– Je vais jouer le rôle de la nounou de la famille.

. Où résides-tu exactement ? Paris ? Abidjan ?

– Je vis à Abidjan. Seulement, je vais souvent à Paris pour travailler.

. Comment arrives-tu à concilier théâtre et cinéma ?

– Les deux vont de pair. Mais je dois tout au théâtre qui m’a quand même aidé à devenir actrice. Quand j’ai un casting à faire, je le fais. Et quand ça marche, je fais le film. Après, je continue les répétitions pour les créations théâtrales dans lesquelles je suis distribuée. Je répète que les deux vont ensemble. Quand on vient du théâtre, on a plus d’expérience et on est plus à l’aise au 7è art. Quand je suis sur un plateau de cinéma, je ne me sens pas trop comme quand je suis au théâtre. Au cinéma, on n’a pas besoin de connaitre son texte. Alors que sur les planches, c’est différent. On apprend un texte, on l’avale, on s’en imprègne et on se l’approprie. On le met dans tout son corps. Et quand on est sur scène, en face du public, on le moule, on le remoule et on le sort. Et là, on se sent vivre.

. Ça fait longtemps que tu es dans le métier.

– J’ai plus de 30 ans de carrière. Dieu merci, aujourd’hui le monde entier commence à me connaitre grâce aux trois films français dans lesquels j’ai joué : ‘’Intouchables’’ aux côtés d’Omar Sy, ‘’Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?’’ avec la famille Verneuil, aux côtés de Christian Clavier, Pascal N’Zonzi et Chantal Lauby et ‘’Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?’’ avec les mêmes acteurs et toujours dans le rôle de la maman de Jean.

. Si, à tes débuts, on t’avait dit que tu tournerais au cinéma, en Europe ?

– Dans la vie, on cherche toujours à évoluer. Quand on est dans un métier, on se bat pour aller de l’avant. Mais, je ne savais pas que ça allait arriver au moment où c’est arrivé. Cela s’est fait pendant la crise dans mon pays où le comédien H Camara a été tué. J’ai dû quitter la Côte d’Ivoire et je me suis retrouvée au Niger. C’est à partir du Niger que j’ai été repérée par Michelle Robert qui était la directrice de l’Agence française de l’adoption (AFA). C’est elle qui m’a fait partir en France pour la première fois et j’ai joué dans la comédie française en 2007. C’est comme ça que ma carrière internationale a fait un bond. Je n’oublie pas Eva Doumbia qui avait créé une compagnie en Côte d’Ivoire qu’on appelle ‘’Nana Triban’’. Elle a aussi une compagnie à Marseille qu’on appelle ‘’La part du pauvre’’. C’est avec la compagnie ‘’Nana Triban’’ que j’étais allée jouer au Niger où Michelle Robert m’a vue.

. En Côte d’Ivoire, le théâtre est en train de disparaitre, les comédiens se plaignent de leur rémunération… Qu’en penses-tu ?

– Il faut une volonté politique pour ramener le théâtre. C’est dommage qu’on n’ait même plus une compagnie nationale de théâtre. Un pays qui n’a pas de compagnie nationale de théâtre, c’est vraiment triste. Ça me fait mal au cœur. A défaut de théâtre, aujourd’hui, l’Ivoirien préfère les humoristes. Les cachets n’existent pratiquement pas. On n’a pas de droit non plus. Depuis que j’ai ma carte du bureau ivoirien du droit d’auteur (Burida), je n’ai jamais reçu un rond, si ce n’est qu’en décembre dernier on m’a remis un chèque de 200.000 FCFA après 30 ans de carrière. Alors qu’en France, où j’ai commencé à jouer récemment seulement, on me paie régulièrement mes droits. C’est compliqué et c’est difficile de vivre de son art en Afrique.

Par Omar Abdel Kader, à Ougadougou

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