Depuis le samedi 27 mars 2021, le Camerounais Francis Ngannou est champion du monde poids lourd de l’UFC. En battant par KO (au 2ème round) l’Américain Stipe Miocic, à Las Vegas, celui qu’on surnomme The Predator est le premier Africain champion dans la catégorie reine en MMA (Arts martiaux mixtes).

Une victoire retentissante qui a vu la chute du grand Miocic, deux fois champion du monde des lourds (2016-2018 et 2019-2021). Et depuis, l’univers des arts martiaux mixtes en tremble. Un peu plus de deux semaines après ce sacre, la deuxième bande-annonce du nouveau film d’Universal, Fast and Furious 9, présente Francis Ngannou comme un des acteurs de ce 9è opus.

A la force de ses poings dévastateurs, le Camerounais est en train de faire sauter toutes les barrières sur son chemin. Il y a pourtant plus d’un an qu’il avait été annoncé dans cette série aux côtés des Vin Diesel, John Cena. Mais cette fois, c’est sûr, il sera à l’affiche.

 

On parle déjà également d’un possible combat de boxe entre lui et le Britannique Tyson Fury, actuel challenger d’Anthony Joshua (champion du monde des lourds WBA, WBO, IBO). Dans sa dernière interview au quotidien français L’Equipe, Ngannou a évoqué cette éventualité. Pour lui, ce combat de boxe anglaise (noble art) devrait avoir lieu. De toute façon, Fury le cherche depuis un moment. « L’année passée, on s’était déjà chauffé sur les réseaux. C’est quelque chose qui va se faire, assurément. Comment vous expliquer ? Ce serait génial, super ! J’ai la conviction que ça va arriver. Je vais trouver un moyen que ça se fasse. On a une petite histoire tous les deux », a-t-il déclaré en ajoutant : « Si j’affronte Tyson Fury, j’aurai Mike Tyson dans mon coin ».

Lundi 26 avril dernier, un mois après son sacre mondial, Francis Ngannou est revenu à Douala. Certes, ce n’était pas son premier voyage sur sa terre natale. Mais cette fois, c’était différent : le Lion arrivait au Cameroun en tant que champion du monde et pour présenter aux pays sa ceinture mondiale des poids lourds de l’UFC.

Il était porté en triomphe. Et une foule de gens l’acclamait tout le long de son parcours dans les artères principales de Douala. Pour cet homme de 34 ans, c’est une grande victoire. Ce succès sportif, est aussi et surtout une victoire sur lui-même, sur son passé.

De sa naissance, le 5 septembre 1986 à Batié, petit village de l’Ouest camerounais, jusqu’à son exil européen et son entrée dans les salles de boxe, rien n’avait laissé présager ce jour de gloire. Car l’histoire de Ngannou, c’est d’abord une enfance et une adolescence des plus pénibles.

Une période qui l’a profondément marqué. Un père violent, qui s’était taillé la réputation de bagarreur de rue, un homme rude qui battait souvent sa mère sous ses yeux. Des bastonnades auxquelles il n’a pas échappé. Ses frères et sœurs non plus. Et cette réputation de son père, le petit Francis le traînait partout. « Quand je m’amusais avec mes copains, on disait de moi : il est violent comme son père », se souvient-il.

Finalement, son père et sa mère divorcent. Dès lors, les choses se compliquent davantage pour le petit Francis. Il doit vivre chez des proches parents. D’un proche à un autre, il finit par rejoindre sa grand-mère. Mais ici non plus, les conditions ne sont pas meilleures. « Je sais où je suis né, mais je ne pourrais pas dire où j’ai grandi. Chaque année, je changeais d’école, de famille. Je n’avais jamais d’amis et c’est peut-être ça qui a développé mon côté solitaire », révèle-t-il.

Solitaire et incroyable force de la nature, les rapports de ce garçon avec son entourage en pâtissent. « Il suffisait que je tourne la poignée d’une porte pour la casser ou que je ferme un robinet pour que personne ne puisse plus l’ouvrir avant que je ne revienne. Quand je serrais la main des gens, ils s’énervaient parfois et me demandaient si je voulais leur casser la main. »

A l’âge de 12 ans, il est obligé d’aller travailler dans une mine de sable pour payer sa scolarité. La mine, les blocs de terre, un endroit qui convient bien à ses muscles. Son oncle Dieudonné Kenmoe qui travaillait à la mine n’a pas oublié. « Quand nous étions à la carrière, à lui seul il remplaçait 2 ou 3 personnes ».

Francis Ngannou multiplie les petits boulots pour se faire un peu d’argent. Il quitte la carrière de sable pour décharger des camions au marché de Mboppi à Douala. Mais à 17 ans, il doit s’arrêter. Puis, un jour, il se souvient des années où il était fan des films de Jean-Claude Van Damme. Il décide de se lancer dans la boxe pour devenir champion du monde de boxe, convaincu que sa force surhumaine pouvait l’y aider.

Il a 22 ans lorsqu’il met les gants pour la première fois. Il est déjà un poids lourd. Ce qui fait dire à tous ceux qui le voient que c’est trop tard pour lui d’entrer dans ce sport. « Commencer la boxe à 22 ans, c’est perdu d’avance », disent-ils. En effet, les premiers moments leur donnent raison. « Quand j’ai mis les gants pour la première fois, les mecs en face de moi étaient trop rapides. Je n’arrivais pas à les toucher et ils me touchaient quand ils voulaient ».  Mais le jeune homme est déterminé. Il travaille dur aux entrainements et gagne son premier combat. Toutefois, il voit dans les yeux des gens autour de lui que personne ne croit en son avenir. Un jour, il décide d’aller tenter sa chance en Europe. Mais comment y arriver ? Francis Ngannou va se lancer alors dans une périlleuse aventure.

Un matin, il quitte le Cameroun et se rend au Nigeria voisin. Ensuite, il arrive en Algérie. Puis, après avoir traversé l’enfer du Sahara, il parvient au Maroc. Mais, pour traverser et atteindre l’enclave espagnole de Melilla, il faut escalader 3 barrières barbelées de 7m de haut. Il y parvient à plusieurs reprises, mais à chaque fois, il est arrêté et renvoyé de l’autre côté du désert. Déterminé, il refuse d’abandonner. Et finalement, la 7e tentative est la bonne. Et, à bord d’un bateau gonflable, il arrive à Tarifa, dans la province de Cadix, en Andalousie. Là encore, il est arrêté par la police pour entrée illégale sur le territoire espagnol.

Après deux mois en prison, il est conduit, dans un bus, à Paris. Puis il est débarqué dans un foyer d’accueil. Nous sommes en juin 2013. Au bout de quelque temps, Francis va dormir dans un parking du 12e arrondissement. Et un jour, il fait la rencontre Khater Yenbou, directeur d’une association humanitaire. Au sein de l’équipe de cette association, le gros bras qu’il est participe à l’accueil des migrants.

Peu après, au hasard de ses promenades non loin du centre d’accueil, il tombe sur une salle boxe. Là, il rencontre Didier Carmont, instructeur de boxe. Ce dernier, après avoir entendu l’histoire du jeune Camerounais, accepte qu’il s’entraîne gratuitement. Ensuite, les choses vont évoluer très vite. Car Carmont, dès les premiers entraînements, lui dit : « Je te vois, et à ta façon de bouger, ce charisme, tu devrais essayer le MMA ». Les arts martiaux mixtes, Francis ne connait pas. Mais il accepte le challenge de ce sport de combat où les techniques de frappes avec pieds et poings se mêlent aux techniques de luttes et de soumissions au sol. Il est présenté à la MMA Factory, une salle dirigée par Fernand Lopez Owonyebe.

Dès ses débuts au MMA, le jeune combattant enchaîne les victoires. Il impressionne des recruteurs de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la ligue américaine la plus célèbre et la plus relevée de MMA. En 2015, Francis y fait ses débuts en remportant 4 combats. Ce qui lui vaut le surnom de « The Predator ».

Enchaînant les victoires à l’UFC, Francis Ngannou devient le principal challenger du champion du monde poids lourd Stipe Miocic, véritable légende vivante de ce sport. En 2018 a lieu ce combat. Mais c’était trop tôt pour le Camerounais. Sans surprise, le champion Américain l’emporte haut la main. Peu après, Ngannou et son entraîneur se séparent. Fernand Lopez estimant que « Francis est difficile à coacher à cause de son égo ». Il perd ensuite un match et les critiques s’abattent sur lui. Puis, à Las Vegas, avec un nouveau coach, il se remet au travail et recommence à gagner. Dans l’octogone (la cage-ring des combats), il redevient ‘‘The Predator’’.

Il détruit tous ses adversaires : l’Américain Curtis Blaydes, en 45 secondes ; l’ancien champion du monde Cain Velasquez (26 secondes) ; la légende brésilienne Junior Dos Santos (71 secondes) ; le Surinamien Jairzinho Rozenstruik (20 secondes). Dès lors, Ngannou demande une autre chance contre Stipe Miocic. L’UFC accepte. Mais le combat n’aura lieu que deux ans plus tard, le 27 mars de cette année 2021.

Et ce jour-là, il prend sa revanche en dominant le champion en titre. D’une droite foudroyante à l’entame du deuxième round, il envoie Miocic au tapis. Francis Ngannou est sur le toit du monde. Le Cameroun et toute l’Afrique acclament le nouveau champion du monde. Avec cette couronne (dans la catégorie reine), le nouveau champion porte le continent au sommet des 3 grandes catégories de ce sport avec le Nigérian Israel Adesanya (actuel champion du monde des poids moyens) et l’autre Nigérian, Kamaru Usman (champion du monde des poids welters).

Dana White, le patron de l’UFC dit de lui : « Francis détient le record du plus puissant coup de poing au monde. Il équivaut à 96 chevaux. C’est comme se faire percuter par une Ford Escort lancée à pleine vitesse. » Ngannou, l’homme aux victoires expéditives, compte désormais 16 victoires contre 3 défaites à l’UFC, dont il est désormais l’homme à battre dans la catégorie des lourds.

R. Jordan

 

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