Accueil Les News Un médaillé olympique ivoirien kidnappé… puis libéré

Un médaillé olympique ivoirien kidnappé… puis libéré

1771
0

Le quadruple médaillé olympique ivoirien (special olympics – sportif à handicap) Yann Christopher Beugré, 23 ans, a été kidnappé le dimanche 5 septembre 2021 dans la commune du Plateau, puis libéré 5 jours après contre rançon.

La nouvelle de sa disparition subite et inexpliquée a fait rapidement le tour de son quartier Yopougon – toits rouges (Gomci-Awa), depuis le dimanche 5 septembre 2021, comme une trainée de poudre. Et pour cause : Yann Christopher Beugré, 23 ans, autiste, quadruple médaillé olympique ivoirien (Jeux mondiaux 2015 Los Angeles et jeux d’hiver 2017 Autriche… Special olympics-sportif à handicap), en tennis de table, hockey sur glace et handball, est une star, une fierté du quartier. Mais bien plus, un jeune homme tranquille, très apprécié, sans histoires.

Où est-il passé ? Que s’est-il passé ? Les habitants du quartier, ses parents, ses amis, ses collègues et ses coaches à Spécial olympics se perdaient en conjectures, jusqu’à ce que Yann Christopher réapparaisse au domicile familial à Yop toits rouges (Gomci-Awa), très tôt dans la matinée du vendredi 10 septembre, (8h-9h) complètement méconnaissable. « J’ai été kidnappé par des enfants de la rue au Plateau », balbutie-t-il, encore très fatigué, les habits très sales devant ses parents et voisins qui poussent un gros ouf de soulagement et au bord des larmes.

Notamment, sa mère Mme Chantal Beugré, commerçante de son état. « On rend gloire à Dieu. On a pensé au pire. On revient de loin. C’est depuis le dimanche 5 septembre que Yann a disparu de la maison, sans rien dire à personne, ce qui n’a jamais été dans ses habitudes. Mais bon, on s’est dit qu’il devait être chez ses amis ou chez ses coaches à Yopougon. Le dimanche nuit, on s’inquiète, on l’appelle sur son téléphone, pas de réponse, jusqu’au lundi soir », raconte Mme Chantal Beugré, encore sous le choc, après la libération de son fils.

C’est dans la soirée du lundi 6 septembre, autour de 19 heures, qu’elle signale la disparition de son fils, accompagnée des autres membres de sa famille, au commissariat de 37ème arrondissement d’Attécoubé (route d’Abobo-doumé). Ils repartent avec un ‘’OP’’ (n°2575-Pu 37 du 06/09/21-19h) délivré par l’officier de service.
Tous les parents, amis, collègues et coaches de Yann Christopher sont en alerte. Le mardi 7 septembre, toujours pas de nouvelles du champion olympique. C’est la crise de nerf chez les uns et les autres. Personne ne sait ce qui se passe. On craint le pire, par ces temps où il y a des disparitions aux fins tragiques ici et là.

Puis subitement, Yann réapparaît furtivement le mercredi 8 septembre dans la matinée à Yop-toits rouges, autour de 11 heures, au domicile de son coach de basket, Prince Bédié. Ce dernier, très heureux, informe Mme Chantal Beugré de la bonne nouvelle, avant de laisser Yann sur place, pour aller faire des courses dans le quartier. « Avant que je n’arrive chez le coach Bédié, une trentaine de minutes après, pour le prendre, Yann a disparu de nouveau, en laissant ses affaires derrière lui. Je le rappelle, il ne décroche pas », relate-t-elle.

Dépitée, elle reste un moment chez le coach Bédié, en espérant que Yann revienne en vain. Cependant, dans l’après-midi, par un coup de chance, après plusieurs tentatives, le coach réussit à joindre Yann au téléphone. Il confie qu’il a des problèmes. Il est au Plateau, dans la zone de la Cnps, la pyramide et la mosquée. Il ne peut pas rentrer à Yopougon. Bizarre. Après, son portable s’éteint. Il n’est plus joignable. Quelle histoire ! Entre 18h et 19h, Mme Chantal Beugré fonce au Plateau, dans le secteur indiqué. Elle le cherche, en vain. Elle décide de repartir à Yopougon. C’est encore le silence jusqu’au jeudi 9 septembre à 21h.

« J’essaie de le joindre aussi sur le téléphone de ma grande sœur qu’il a emporté avec lui. Coup de chance, quelqu’un répond et me dit ce n’est pas Yann. Mais il a recueilli Yann depuis le dimanche nuit dans les rues de Plateau. Ils sont à côté de la Cnps et de la mosquée. Il a dépensé 15 000 f pour s’occuper de lui. Il faut que je rembourse cette somme d’argent par orange money, avant qu’il ne le libère le lendemain matin vendredi », relate Mme Chantal Beugré. Qui donne immédiatement l’information à son grand frère et à son cousin qui travaille à la Primature au Plateau.

Il est 22 heures. Ce dernier entre dans la danse en essayant d’appeler Yann pour aller payer la ‘’rançon’’, mais il n’arrive pas à le joindre. Le cousin se souvient d’ailleurs que Yann l’avait appelé en début de semaine, pour lui dire de venir le ‘’sauver’’. Et la communication s’était coupée sans qu’il ne comprenne rien à ce que racontait l’enfant. A partir de là, la famille sait à présent que le champion a été enlevé, voire kidnappé par des inconnus dans le quartier du Plateau. Le commissariat du 37ème arrondissement à Yopougon passe alors la main au 1er arrondissement au Plateau.

Le lendemain vendredi très tôt à 5 heures-6 heures du matin, selon Mme Chantal Beugré, le cousin et une équipe du 1er arrondissement, débarquent dans la zone indiquée par ceux qui ont pris visiblement Yann en otage.
Le médaillé olympique est libéré sans problème, mais complétement déboussolé. Et au dire de Mme Beugré, la rançon a été payée par le cousin.

Et les ‘’preneurs d’otage’’ sont des enfants de la rue du Plateau, qui ont récupéré et bloqué Yann, qui s’était égaré dans la commune du Maire Jacques Ehouo. « Dans la journée, on allait faire la manche ou voler pour venir donner l’argent aux chefs les soirs. On dormait sur des cartons en bas des immeubles. On ne se lavait pas. Je leur ai versé au total 35 000 f, pendant tout le temps de ma détention », a expliqué Yann Christopher à sa famille, après sa libération vendredi. Tout est bien qui finit (donc) bien, pour l’athlète qui avoue cependant avoir quitté la maison (fugué en quelque sorte), pour se retrouver au Plateau, parce qu’il s’ennuyait au domicile familial.

Il en avait marre de rester à la maison, sans compétition (spécial olympics) et sans travail. Alors qu’il veut s’occuper et même devenir coach sportif des enfants autistes, comme lui.
Ces tout-petits victimes de trouble envahissant, sévère et précoce du développement, qui affecte leurs fonctions cérébrales dès l’âge de 3 ans.
Dès lors, ils sont caractérisés par l’isolement, une perturbation des interactions sociales, des troubles du langage, de la communication non verbale et des activités stéréotypées avec restriction d’intérêts.
Espérons que l’appel du champion, médaillé olympique soit entendu.

Eric Cossa

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici